18 août 2017

Théories et pratiques de la pédagogie


Cet ouvrage propose une introduction générale à l’histoire de la pédagogie occidentale et présente les principales conceptions qui ont marqué l’évolution des idées et des pratiques éducatives concernant l’enseignement, l’apprentissage, l’organisation de la classe, et ce, de l’Antiquité grecque à nos jours. (Clermont Gauthier et Maurice Tardif)

La pédagogie. Théories et pratiques de l’Antiquité à nos jours est un ouvrage collectif publié chez Gaëtan Morin éditeur. Comme les autres livres de cette maison d’édition, ce livre bénéficie d’une mise en page exemplaire.

Publié sous la direction des professeurs Clermont Gauthier (Université Laval) et Maurice Tardif (Université de Montréal), cet ouvrage didactique est destiné principalement aux futurs enseignants, mais aussi à toutes les personnes intéressées au domaine éducatif.

La partie initiale comprend la présentation des collaborateurs, l’avant-propos, les remerciements et la table des matières détaillée (six pages).

Le corps de l’ouvrage est divisé en trois parties:

1° les fondements historiques de la pédagogie: Grèce, Rome, Moyen Âge, Renaissance, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle;

2° les figures marquantes de la pédagogie au 20e siècle: Dewey, Montessori, Neill, Freinet, Rogers, Freire;

3° les grandes théories psychologiques et scientifiques de la pédagogie: béhaviorisme, constructivisme, cognitivisme, enseignement explicite, conclusion.

Chacune de ces trois parties débute par une introduction générale. Les chapitres qu’elles regroupent sont ainsi structurés: illustration, titre, auteur, objectifs d’apprentissage, introduction, exposé hiérarchisé (avec des notes infrapaginales), illustrations (image, tableau, figure), conclusion, résumé, questions et activités d’apprentissage. Les liens entre les divers chapitres et les trois parties sont rappelés d’une façon concise et judicieuse.

Le manuel est complété par une bibliographie, les sources iconographiques et un index.

La lecture de cette histoire de la pédagogie occidentale est passionnante. Les futur(e)s enseignant(e)s vont sans doute consulter ce livre comme un usuel pendant leur formation, puis comme un libre de référence tout au long de leur carrière.

Référence

Gauthier, Clermont; Tardi, Maurice; dir. - La pédagogie. Théories et pratiques de l’Antiquité à nos jours. - 4e éd. - Montréal: Gaëtan Morin éditeur, 2017. - xiv-298p. - ISBN 978-2-89632-120-9. - [Citation, p. V]. - BAnQ: 370.1 P3711 2017.

Image

Cette peinture du siècle d’or des Pays-Bas est reproduite sur la page couverture du livre:

Source / L’école du village (Jan Steen, 1670) (Wikipedia Commons)

Analyse / L'école de l'ironie (Une salle de classe par Jan Steen) (Jean-Christophe Pucek)

13 août 2017

Montréal, la cité des cités


Le présent ouvrage vise à montrer la diversité qui caractérise Montréal, diversité qui, au fil des ans, a eu un effet structurant en fait de morphologie urbaine, à l’échelle des quartiers, si bien que certaines collectivités ont développé une image et une indenté propres, assumées par leurs résidents, reconnues socialement et, souvent, affichées publiquement. Plusieurs de ces collectivités sont associées à des territoires aux limites reconnues et reçoivent de façon officielle ou officieuses des noms évocateurs de leur identité.


Sous la direction de Juan-Luis Klein et Richard Shearmur, les Presses de l’Université du Québec viennent de publier un recueil d’essais sur plusieurs quartiers typiques de la métropole.

Un avant-propos, la table des matières détaillée, les listes des figures, des tableaux, des sigles et des acronymes, et l’introduction précèdent les douze chapitres regroupés en trois parties:

I - Les villages urbains et l’empreinte culturelle > Plateau-Mont-Royal, Village gai, Quartier chinois, Parc-Extension

II - Les quartiers ouvriers en reconstruction > Quartiers du Sud-Ouest, Mile-End, Rosemont, Petite-Patrie

III - Les projets structurants et les nouveaux enjeux > Quartier des spectacles, Quartier international, Cité du multimédia, Saint-Michel.

L’introduction présente la diversité générale de la ville de Montréal, la construction des récits urbains selon les conceptions de différents spécialistes, la localisation des quartiers traités dans le livre, une rétrospective de l’évolution sociale et économique de la métropole (industrialisation, reconstructions de l’après-guerre, reconversion; la nouvelle économie, le tournant des années 2000), la structure et le contenu de l’ouvrage. Cette longue, instructive et captivante introduction est complétée par une conclusion et une bibliographie.

Les chapitres sont constitués d’une façon similaire: titre, auteur(s), introduction, développement (en plusieurs séquences hiérarchiques et chronologiques), conclusion, bibliographie. Plusieurs illustrations accompagnent les exposés des spécialistes, dont le plan et des photos du quartier étudié.

L’ouvrage est complété par un épilogue, une bibliographie et des notices biographiques sur les quinze contributeurs.


Référence

Klein, Juan-Luis; Shearmur, Richard; dir. - Montréal: la cité des cités. - Montréal: Presses de l'Université du Québec (PUQ), 2017. - xxi-273p. - ISBN 307.336209714 M8111 2017. - [Citations: Introduction, p. 1]. - BAnQ: 307.336209714 M8111 2017. [Version numérique].

Photos

Parc des locomotives, Résidence rue William-Tremblay, Parc J.-Arthur-Champagne / Site Angus (Rosemont) © Claude Trudel 2017

03 août 2017

La Princesse de Clèves


- Croyez-vous, Madame, lui dit Monsieur de Nemours, en se jetant à ses genoux, que je n’expire pas à vos pieds de joie et de transport?

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de Lafayette (1634-1693) est l’auteure anonyme de La Princesse de Clèves. Elle a fait publier cette nouvelle en 1678, chez Claude Barbin, à Paris.

Plusieurs éditions contemporaines sont offertes au lecteur désirant approfondir sa compréhension de La Princesse de Clèves. J’ai choisi celle des Éditions Flammarion pour sa richesse documentaire et sa mise en page dégagée.

La présentation de ce chef-d’œuvre, par Jean Mesnard, aborde plusieurs thèmes au cours de soixante-deux pages:

- la justification de l’analyse de l’œuvre
- le genre de l’œuvre
- la période choisie (1558-1559)
- la vie à la cour
- les tonalités des amours
- le climat poétique
- le charme de l’œuvre.

Cette présentation est précédée d’une entrevue de neuf pages avec l’écrivaine Marie Darrieussecq. Celle-ci explique pourquoi elle aime La Princesse de Clèves. La scène de l’aveu au pavillon de Coulommiers est au cœur de ses explications.

Le dossier de quarante-cinq pages, par Jérôme Lecompte, présente et contextualise La Princesse de Clèves sous cinq volets:

1° Le roman et ses personnages au XVIIe siècle
2° L’œuvre vue par des contemporains
3° Un roman de la mondanité
4° Le modèle du roman d’analyse
5° Les adaptations cinématographiques.

Soulignons en plus deux outils de repérage proposés au lecteur pour se familiariser avec les personnages et les événements contemporains de La Princesse de Clèves: la table des personnages comptant près de deux cents entrées (seize pages) et la chronologie couvrant la vie de Madame de Lafayette (cinq pages).

Dans sa présentation, Jean Mesnard propose d’intituler ainsi les quatre parties de La Princesse de Clèves: «les amours de Mme de Valentinois, les amours de Mme de Tournon, les amours d’Anne de Boulen – ou d’Henri VIII –, les amours du vidame de Chartres».

Fort de tous ces préparatifs, commençons la lecture ou relecture de la nouvelle: La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux...

Référence

Madame de Lafayette. - La Princesse de Clèves. - Présentation, note sur l’établissement du texte, appendices, glossaire, table des personnages, chronologie, biographie, par Jean Mesnard. - Dossier et complément bibliographique, par Jérôme Lecompte. - Entrevue intitulée «Marie Darrieussecq, pourquoi aimez-vous La Princesse de Clèves?» - Paris: Flammarion, 2009. - i-x, 7-362. - (GF, n° 1425). - ISBN 978-2- 0812-2917-4. - [Citations, p. 241, 45 et 77]. - Bibliothèques de Montréal: LAF.

Les Bibliothèques de Montréal et la Grande Bibliothèque (BAnQ) offrent plusieurs autres éditions de La Princesse de Clèves. Par ailleurs, des versions numériques gratuites de cette œuvre sont disponibles sur la Toile, dont celle diffusée par la Bibliothèque électronique du Québec (BéQ).

Image

Madame de Lafayette. - La Princesse de Clèves. - Illustrations en couleurs par Serge de Solomko. - Paris: Librairie des amateurs, 1925. - Vue 223, page 207. - Source Gallica / Bibliothèque nationale de France (BnF), mise en ligne le 3 avril 2017.

29 juillet 2017

Hubert Reeves / Des fleurs aux étoiles


À l’occasion de la publication de son nouveau livre, J’ai vu une fleur sauvage, le célèbre astrophysicien québécois Hubert Reeves a accordé une entrevue à Tuan Trieu-Hoang. Cette longue entrevue a été publiée dans la populaire revue L’Itinéraire.

L’entretien a porté sur une foule de sujets, dont ceux-ci:

- la destruction de la planète par l’exploitation des richesses, la déforestation, le gaspillage et la pollution;

- les responsables des changements climatiques;

- l’intérêt de l’astrophysicien envers les fleurs;

- le plaisir d’être dans la nature légué en héritage;

- le métier d’astrophysicien;

- la fabrication des atomes constitutifs des humains;

- la formation de l’Univers et de notre système solaire;

- pourquoi explorer l’espace;

- la possibilité de la vie extraterrestre;

- les avantages de l’industrie spatiale;

- les relations entre la religion et la science.

Comme on peut le constater, Tuan Trieu-Hoang a posé des questions importantes, diversifiées et pointues à son interlocuteur. En guise de conclusion à cette brève présentation d’une entrevue enrichissante et captivante, citons la dernière question/réponse:

- Quand vous êtes dans votre jardin parmi les fleurs, êtes-vous toujours fasciné par les merveilles de la nature qui vous entoure?
- Absolument. Je suis toujours émerveillé. Je n’en finis jamais d’être émerveillé.

Félicitations à Tuan Trieu-Hoang pour cet entretien exemplaire! Merci à Hubert Reeves pour sa disponibilité et ses réponses chaleureuses.

Référence

Des fleurs aux étoiles (Entrevue avec Hubert Reeves, par Tuan Trieu-Hoang, camelot à la station de métro Henri-Bourassa, L’Itinéraire, vol. XXIV, n° 14, 15 juillet 2017, p. 28-31).

Vendus dans de nombreux points de vente, notamment aux stations de métro, les numéros de cette revue bimensuelle peuvent aussi être consultés dans les Bibliothèques de Montréal et à la Grande Bibliothèque (BAnQ).

Référence complémentaire

Reeves, Hubert. - J’ai vu une fleur sauvage. L’herbier de Malicorne. - Paris: Seuil, 2017. - 246p. - (Science ouverte). - ISBN 978-2-0212-9088-2. - BAnQ: 582.130944412 R3321j 2017.

Image

Populage des marais (Caltha palustris, Ranunculaceae) / Flore du Jardin botanique de Montréal (près de 2000 photos en libre accès).

28 juillet 2017

La recherche des baleines noires


Dans L’odyssée des illusions, Jean Lemire relate avec passion ses grandes missions océaniques. Sa deuxième expédition, intitulée Mission baleines dans le sillage des anciens baleiniers de Nantucket, porte sur les baleines noires. Cette entreprise a été réalisée conjointement avec l’équipe de scientifiques de l’aquarium de Boston.

Le récit du célèbre biologiste québécois se déroule en trois temps. Les anciens baleiniers de la Nouvelle-Angleterre visaient le commerce de l’huile et des fanons des baleines, en particulier des baleines noires faciles à pêcher. Les techniques utilisées par ces pêcheurs font l’objet d’une description minutieuse. Une carte marine dressée à l’époque de la chasse intensive à la baleine permet de localiser l’île de Nantucket au large du Cape Cod, ainsi que la baie de Fundy bordant le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse:


L’auteur poursuit son récit en comparant ces anciens chasseurs aux scientifiques contemporains, ceux-ci visant la connaissance scientifique des baleines noires et leur protection. Il souligne d'ailleurs que seulement 300 baleines noires sont actuellement en vie. L’observation de baleines noires dans la baie de Fundy fait l’objet d’une longue et captivante description.

Dans un troisième temps, Jean Lemire raconte comment son équipe et celle des scientifiques bostonnais ont recherché la présence de baleines noires dans les anciens territoires de pêche au large de l’Islande. Après plusieurs semaines en mer, leur recherche a été fructueuse puisqu’ils ont réussi à découvrir une baleine noire solitaire. Avec d’infinies précautions et une approche raffinée, un échantillon de peau a même été prélevé sur cette baleine, sans risque pour le mammifère.

La lecture de ce récit est aussi plaisante qu’instructive. Par ailleurs, dix superbes et grandes photos de baleines noires illustrent les propos de l'auteur.

L’actualité nous rappelle que les baleines noires sont une espèce en voie de disparition. Plusieurs efforts sont faits pour les sauvegarder, non sans danger. Ainsi Mackie Green, un pêcheur du Nouveau-Brunswick, est mort récemment en cherchant à sauver une baleine noire.

Référence

Lemire, Jean. - L’odyssée des illusions: 25 ans à parcourir la planète. - Montréal, Les Éditions La Presse, 2016. - 215p. - ISBN 978-2-89705-502-8. - Voir: «Mission baleines dans le sillage des anciens baleiniers de Nantucket», p. 48-67. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 508.3162 L554o 2016 et 508.3162 L5544o 2016.

Lecture complémentaire

Laist, David W. - North Atlantic Right Whales: From Hunted Leviathan to Conservation Icon. - Baltimore: Johns Hopkins University Press, 2017. - xx-432p. - ISBN 978-1-4214-2098-1. - BAnQ: 599.5273 L189n 2017.

Carte

1778 - Carte marine des côtes nord-atlantiques - The Atlantic Neptune / Coast of Nova Scotia, New England and New York - Joseph Frederick Wallet Des Barres (1722-1824) - Bibliothèque du Congrès.

Image

Baleine noire - North Atlantic Right Whale (Moira Brown and New England Aquarium) (Wikimedia Commons).

Sur la Toile

Jean Lemire (Biographie) (Wikipédia)
1000 jours pour la planète (Jean Lemire)

Baleine noire (Baleines en direct)
Baleine noire de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) - Pêches et Océans Canada (Gouvernement fédéral du Canada)
North Atlantic Right Whales (Eubalaena glacialis) - National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) (Gouvernement des États-Unis d’Amérique)

Baleines noires retrouvées mortes (La Presse canadienne, La Presse, 30 juin 2017)
Un pêcheur meurt en libérant une baleine noire (La Presse canadienne, La Presse, 11 juillet 2017)
Deux autres baleines noires sont retrouvées mortes (La Presse canadienne, Journal Métro, 30 juillet 2017)
Baleines en péril (Brian Myles, Le Devoir, 7 août 2017)

24 juillet 2017

L’enfant de Bruges / Gilbert Sinoué

Deux éléments de la quatrième page de couverture m’ont incité à emprunter ce roman: le nom du peintre Jan Van Eyck et l’annonce de plusieurs assassinats mystérieux. Un détail du Portrait d’un jeune garçon (1483), par Bernardino Pinturicchio (1454-1513), est reproduit sur la page couverture.

L’histoire se déroule au Quattrocento, plus précisément en 1441, tant en Flandre qu’en Toscane. C’est l’époque de la Première Renaissance, celle de la révolution artistique et intellectuelle qui marque un tournant dans l’histoire de la civilisation occidentale.


- Approche. Je vais te révéler l’un des secrets de ce retable.
(Jan Van Eyck)

L’auteur convie dans les multiples péripéties du roman une foule de personnages historiques, tout particulièrement des artistes, des banquiers et des chefs d’État. Les portraits de ces personnalités sont développés avec beaucoup de précision, tels ceux d’Henri le Navigateur (1394-1460) et de Cosme de Médicis (1389-1464). Les arts, les échanges commerciaux, les rivalités territoriales, les guerres et le monde de la navigation sont aussi et notamment bien décrits.

Le cadre général du récit est un rappel captivant de la société européenne à fin du 15e siècle, mais un grand nombre de péripéties sont invraisemblables ou des plus fantaisistes. Pour tout dire, l’histoire est cousue de fils blancs. Mais qu’importe, puisque le style d’écriture de l’auteur est plaisant.

Bien sûr, ce roman historique est un polar… meurtres et tentatives de meurtre le démontrent. Mais la révélation du Grand Secret présente plus d’intérêt.

Référence

Sinoué, Gilbert. - L’enfant de Bruges. - Paris: Gallimard, 20015 © 1999. - 438p. - (Folio, n° 3477). - ISBN 987-2-07-041737-7. - [Citation, p. 78-79]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: SIN et Sinoué S61799e.

Image

Agneau mystique (Hubert et Jan Van Eyck, 1432) (Wikipédia)

Le retable est décrit aux pages 79-80 de L’enfant de Bruges.

Sur la Toile

Les frères Van Eyck, L'agneau mystique (Dare-d’Art) (Partie 1) (Partie 2)

Van Eyck, Ghent Altarpiece (Khan Academy) (Vidéo) (Partie 1) (Partie 2)

15 juillet 2017

Buenos Aires Noir / Amour éternel

Buenos Aires est un endroit tellement invraisemblable qu’il fallut la construire deux fois. […] Cette double naissance, douloureuse et sinistre, marquera à jamais le caractère et le tempérament de la ville. […] Ville de contrastes et de contradictions, constamment au bord du chaos, Buenos Aires vous fait chavirer le cœur par son désordre et sa violence, sa circulation anarchique, sans règle ni ordre, où règnent l’insulte facile et le bruit assourdissant des pots d’échappement, des klaxons et des esclandres.

C’est en ces termes que le célèbre écrivain Ernesto Mallo présente son anthologie de nouvelles se déroulant dans la capitale argentine. Le recueil contient quatorze récits composés par autant d’auteurs différents. Les notices biographies de ces nouvellistes sont présentées en fin d’ouvrage.

La première page du livre contient un plan de Buenos Aires permettant de localiser les quatorze quartiers où se déroulent les nouvelles, celles-ci étant regroupées sous trois thèmes:

1° Amour > San Telmo, Núñez, Caballito

2° Infidélités > Belgrano, Once, Chacarita

3° Crimes imparfaits > Parque Chas, Mataderos, Palermo, Almagro, Villa 31/Barrio Parque, Recoleta, Monte Castro, Bajo Flores.

Voyons un exemple.

La nouvelle composée par Ernesto Mallo est intitulée Amour éternel.

Le narrateur protagoniste, Pablo Maese, sculpteur de son métier, reçoit une commande gouvernementale visant à rendre hommage à Eva Perón.

Au cours de son récit de quatorze pages, l’auteur fait successivement les portraits saisissants de personnages typiques reflétant différentes classes sociales: son modèle et la mère de celle-ci, un commissaire et son assistant, les employés de son studio, un ministre et son épouse, une foule de fonctionnaires.

Le quartier Once, où se déroule l’action, et les lieux fréquentés par ces personnages sont décrits avec minutie, un autre des traits caractéristiques de l’écriture de Mallo.

Les références artistiques sont nombreuses: Ricardo Carpani, Michel Ange, Ettore Scola, Edgar Degas, Benvenuto Cellini, Rubén Blades, Sandro Botticelli, Fernando Botero.

Bien sûr, tous ces éléments sont subordonnés à la trame narrative axée sur des relations amoureuses. Les six segments de la nouvelle pourraient d’ailleurs être ainsi dénommés: Commande, Maître, Modèle, Irruptions, Trahison, Vengeance.

Référence

Mallo, Ernesto. - Buenos Aires Noir. - Traduit de l’espagnol (Argentine) par Olivier Hamilton et Hélène Serrano. - Paris: Asphalte, 2016. - 215p. - ISBN 978-2-918767-60-2. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: Buen 2016 et 863.087208092 B9287 2016.

Articles connexes

Un commissaire désespéré (Ernesto Mallo)
Un voyou argentin (Ernesto Mallo)

Le chef-d’œuvre de Roberto Arlt
L’Argentine par les textes
Un roman énigmatique (Hernán Ronsino)
La maison en papier (Carlos María Domínguez)
Dans ses yeux (Juan José Campanella)
Buenos Aires (1516-1996)
Buenos Aires : Corto Maltese, Tango
Buenos Aires (Argentine)

07 juillet 2017

30 plantes miracles

L’amateur jardinier trouvera dans ce livre la présentation de trente plantes douées de vertus médicinales ou nutritionnelles particulièrement intéressantes avec leurs vertus, leur composition, leurs usages et la manière de les cultiver de façon à pouvoir profiter chez soi, directement, de leurs bienfaits.

Un nouveau livre des prolifiques auteurs François Couplan et Aymeric Lazarin: Étonnantes plantes à cultiver vous-même, aux Éditions du Belvédère. De nombreuses photographies prises par François Couplan illustrent le volume.

Les auteurs présentent ainsi chacune des trente «plantes miracles» sélectionnées:

- Nom vernaculaire, nom scientifique, famille
- Introduction (plus ou moins développée)
- Présentation et description
- Les vertus de la plante (explications)
- Préparations et utilisations
- Culture (notice, milieu naturel, culture, ravageurs et maladies).

À titre d’exemple, citons les vertus de quatre plantes présentées dans cet ouvrage. Chaque vertu est expliquée par les auteurs. Les photos ci-dessous sont tirées du site Le monde en images.

Argousier, Hippophaë rhamnoides, Éléagnacées / Antianémique, antioxydant, dermoprotecteur (cicatrisant), immunostimulant


Lyciet de Barbarie, Lycium barbarum, Solanacées / Anti-âge, anti-cholestérol, antidiabétique, antioxydant, antitumoral, aphrodisiaque, immunostimulant, protecteur hépatique, régulateur de la tension artérielle, régulateur hormonal, stimulateur cérébral


Mélisse, Melissa officinalis, Lamiacées / Antiviral, digestif, sédatif


Souci, Calendula officinalis, Astéracées / Adoucissant ophtalmique, anti-dermites, cicatrisant, coricide, dépuratif, emménagogue, homéopathie


La mise en page du guide est remarquable et les explications des auteurs sont limpides.

Référence

Couplan, François; Lazarin, Aymeric. - Étonnantes plantes à cultiver vous-même. Cuisine, santé et bien-être. - Pontarlier (France): Éditions du Belvédère, 2016. - 159p. - ISBN 978-2-88419-448-8. - [Citation, p. 8]. - BAnQ: 635 C.

La Grande Bibliothèque (BAnQ) offre à ses usagers plusieurs autres livres de ces auteurs.

Photos

Le mode en images (CCDMD)

Les photos prises par Claude Trudel au Jardin botanique de Montréal ont une dimension de 2048 x 1152 pixels. Elles peuvent être utilisées gratuitement à des fins éducatives non commerciales, sous une licence CC BY-NC-SA. Chaque photo est accompagnée d’une fiche signalétique contenant des informations botaniques, relationnelles et techniques. Les informations botaniques fournissent le nom commun (français, anglais) le nom scientifique (latin), la famille (latin) et l’origine (horticole ou autre) de la plante.

30 juin 2017

Les plans de grandes villes

Beautiful as well as useful, historic as well as contemporary, city maps record the molding of the environment as humans create the key places in which they interact and seek to determine their development. […] As this excellent collection makes clear, cities are centers of political, economic, religious, and cultural power. (Jeremy Black)

Les Éditions DK ont publié un recueil luxueux de plans urbains regroupés sous six thèmes:

1 - Anciennes cités > Rome, Jérusalem, Bianjing (Kaifeng), Constantinople (Byzance, Istamboul), Alexandrie, Tenochtitlan et Mexico

2 - Centres commerciaux moyenâgeux > Stockholm, Londres, Dublin, Amsterdam, Gand, Marseille, Francfort, Vratislavie, Lisbonne, Barcelone, Venise, Florence

3 - Capitales impériales > Vienne, Beijing, Madrid, Kyoto, Berlin, Séoul, Prague, Moscou

4 - Villes coloniales > Sydney, San Francisco, Batavia (Jakarta), Québec, Saint-Domingue, Le Cap

5 - Cités idéales > Washington, Le Caire, Paris, Édimbourg, Saint-Pétersbourg, Bagdad

6 - Mégapoles > Rio de Janeiro, Shanghai, Nouvelle-Amsterdam et New-York, Tokyo.

Chaque partie débute par une introduction. Chaque plan urbain est illustré par un ou plusieurs documents cartographiques. Ces plans sont accompagnés respectivement d’une notice bibliographique, d’un encadré (sur le cartographe du plan ou sur un élément contextuel).

Plusieurs plans sont accompagnés d’extraits agrandis et commentés. Ainsi, le plan de la ville de Québec (1744), dressé par Jacques-Nicolas Bellin, est accompagné de trois extraits: Hôtel-Dieu, Église et séminaire, Fort Saint-Louis.



Par ailleurs, certaines villes bénéficient de la présentation de plusieurs plans. Ainsi, trois plans de la ville de Paris sont reproduits et présentés (avec des extraits commentés de chacun de ces plans):

- plan de 1615 dressé par Matthäus Merian:


- plan de 1739 dressé par Louis Bretez:


- plan de 1878 dressé par Édouard Dumas-Vorzet:


Outre ces plans de Québec et de Paris, les plans des villes suivantes méritent d’être soulignés: Florence (anonyme, d’après Lorenzo Rosselli, 1490), Constantinople (Piri Reis, 1521-1526), Vienne (Niklas Meldemann, 1529), Frankfort (Georg Braun et Franz Hogenburg, 1572), Berlin (anonyme, d’après Johann Bernard Schultz, 1688), Barcelone (anonyme, 1706), Saint-Pétersbourg (Johann Baptist Homann, vers1721), Rome (Giambattista, 1748), Marseille (Joseph Razaud, 1754), Dublin (John Rocque, 1756), Stockholm (Carl Fredrik Akrell, 1805), Prague (Joseph Jüttner, 1820), Rio de Janeiro (Arthur Duarte Ribeiro, 1929).

Préfacé par le professeur Jeremy Black (Université d’Exeter), l’ouvrage est complété par un index, les remerciements d’usage et les crédits photographiques.

La collection de plans urbains présentés dans ce recueil cartographique favorise la compréhension du développement des villes à travers l’espace et le temps. Les reproductions sont de haute qualité. Les exposés sont concis et agencés d’une façon didactique.

Référence

Atkinson, Sam, dir. - Great City Maps. - Préface par Jeremy Black. - New-York: DK Publishing (Penguin Random House / Smithsonian), 2016. - 256p. - ISBN 978-1-4654-5358-7. - BAnQ: 912.09 G78686 2016.

Plans

1744 - Québec - Archives de Montréal - Éditions similaires: Gallica / BnF - Bibliothèque du Congrès
1615 - Paris - Wikipédia - Édition similaire: Gallica / BnF
1739 - Paris - Wikipédia - Édition similaire (planches): Gallica / BnF
1878 - Paris - Bibliothèque du Congrès

25 juin 2017

Aux origines de la décroissance

La genèse de ce livre collectif est relatée dans la préface, par Cédric Biagini, David Murray et Pierre Thiesset. L’anthologie présente les essais de cinquante penseurs contemporains sur les enjeux existentiels de la décroissance.

L’objectif du livre est simple: montrer en quoi les analyses de ces illustres devanciers peuvent stimuler les réflexions actuelles des partisans de la décroissance, et des autres!

Les penseurs en vedette sont ainsi présentés (exemple):

- un portrait de Michel Freitag illustré par Stéphane Torossian
- années de naissance et de décès (1935-2009)
- auteur de l’essai (Éric Martin)
- citations du penseur (3)
- biographie et idées du penseur commentées par l’essayiste
- bibliographie sommaire.

Seulement deux femmes font partie des cinquante penseurs sélectionnés: Hannah Arendt (1906-1975) et Simone Weil (1909-1943). Le choix des autres penseurs est des plus variés quant à leurs origines géographiques et leurs champs d’activités.

À titre d’exemple, des réflexions de quelques contributeurs tirées d’essais différents:

«L’œuvre par excellence est bien sûr l’œuvre d’art, la plus détachée de la visée utilitaire, la plus personnelle et la plus durable, qui peut survivre même à la société qui l’a produite.» (Annick Stevens dans Hannah Arendt, p. 27)

«L’avoir a remplacé l’être. Le sens de l’avoir est devenu dans nos sociétés modernes, aveuglées par la rapidité avec laquelle elles peuvent produire, le seul et unique sens. L’avoir est l’essence de l’être.» (Jacques Allaire dans Georges Bernanos, p. 34)

«[…] l’engagement dans la simplicité volontaire repose sur une victoire remportée sur soi-même, sur une émancipation à l’égard de ce qui nous encombre et nous aliène, et sur un travail intérieur de chaque jour.» (Frédéric Rognon dans Lanza del Vasco , p. 100)

«Les catastrophes qui pleuvent aujourd’hui sur nous illustrent déjà ce qui attend la nature, les sociétés et la vie lorsqu’on réduit à des choses instrumentalisables, à du combustible pour nourrir la logique du développement et de la croissance sans fin, laquelle ne s’arrêtera pas avant d’avoir fait du monde entier un déchet.» (Éric Martin dans Michel Freitag, p. 118)

«On peut dire qu’au lieu d’avoir un monde où les productions économique et technique sont encadrées par la culture afin de servir la vie, nous avons un monde où le but de l’existence devient l’accumulation infinie de la valeur sans égards aux besoins de la vie, et au détriment de la culture.» (Éric Martin dans Michel Henry, p. 163)

«Les besoins sont ceux imposés par la société de marché qui structure la domination. Derrière la possible amélioration du niveau de vie se cache une compensation qui n’est jamais énoncée: celle du contrôle accru et de plus en plus envahissant de la vie quotidienne.» (Patrick Vassort dans Herbert Marcuse, p. 224-225)

«La guerre contre la pauvreté stérilise les capacités de résistance à la misère dont est souvent riche la pauvreté traditionnelle. En d’autres termes, cette guerre tend à rendre les pauvres plus pauvres que les pauvres. C’est la guerre que livre l’État toutes les fois qu’il prétend attaquer la pauvreté dans ses manifestations les plus impopulaires aux yeux des dominants […].» (Jean Robert dans Majid Rahnema, p. 264)

«À ses yeux, la civilisation occidentale est d’abord une machine. Il ne s’agit pas d’une métaphore d’écrivain. Pour lui, l’occidentalisation du monde correspond à une mécanisation de la vie humaine, et ce processus mortifère, immoral, a une finalité marchande.» (Mohammed Taleb dans Rabindranath Tagore, p. 289)

Les penseurs sont présentés par ordre alphabétique. L’ouvrage est complété par des notices sur les trente-neuf contributeurs, dont quatre femmes, et une bibliographie générale. Le livre est d’une facture remarquable.

Référence

Biagini, Cédric; Murray, David; Thiesset, Pierre; dir. - Aux origines de la décroissance. Cinquante penseurs. - Illustrations par Stéphane Torossian. - Montréal: Écosociété, 2017. - 317p. - ISBN 978-2-89719-329-4. - [Citation, p.9]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 338.927 A943 2017.

Articles connexes

Tout peut changer / Naomi Klein
La résistance, impératif de notre temps

19 juin 2017

Pauline Julien, chanteuse et écrivaine


Chanteuse littéraire ou littéraire chantante? Pour moi, Pauline Julien restera toujours à la fois l’une et l’autre.

L’essai de Michel Rheault est constitué de deux grandes parties. La première porte sur l’analyse des textes de Pauline Julien: introduction, trois chapitres thématiques, conclusion et postface. La seconde partie compte trois appendices: liste des textes écrits par Pauline Julien, transcription des textes de trente-deux chansons de Pauline Julien, discographie de Pauline Julien. Par ailleurs, dix-huit photos de l’artiste sont insérées au milieu du livre.

Depuis sa tendre enfance, Michel Rheault s’est consacré à étudier les textes de Pauline Julien (1928-1998). Au moment de la publication de son étude Les voies parallèles de Pauline Julien, en 1993, il était professeur de littérature au Collège de Rosemont et chargé de cours au Département d’études littéraires à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Il avait 30 ans, tandis que Pauline Julien était alors âgée de 65 ans.

Dans son introduction, l’auteur rappelle les débuts de la carrière de Pauline Julien en France dans les années 1950. Il présente ensuite les deux groupes d’artistes sur la scène québécoise des années 1960: les vedettes de la chanson commerciale et les chansonniers, Pauline Julien étant associée à ces derniers. La réputation de la célèbre chanteuse, tout au long de sa carrière, est confrontée aux réactions de l’artiste. Après cette rétrospective, l’auteur présente le sens de sa démarche et les thèmes abordés dans la première partie de son essai.

Le chapitre initial, L’art de la retouche, identifie et exemplifie les modifications apportées aux textes que Pauline Julie interprète dans les années 1960. Les procédés littéraires utilisés par l’artiste sont tour à tour décrits: l’inversion, la répétition, l’élision, la suppression, la substitution et l’adjonction.

Le chapitre suivant, L’écriture de la quête, est consacré aux premiers textes écrits par Pauline Julien au cours des années 1970, dans le contexte du mouvement féministe. Les caractéristiques et innovations de l’écriture de l’auteure portent sur des écarts grammaticaux, l’expression du désir, l’intertextualité féminine et la question de l’identité. Les voix interrogatives sont ensuite déclinées: le doute, l’interpellation de la collectivité, l’expression de l’opinion publique, l’appel à l’individu, l’introspection. Suite à ces observations, des constances sont dégagées: la question déterminante dans les textes de Pauline Julien (Que faire), et un discours sur la parole (Parler).

Le dernier chapitre, L’identité révélée par l’écriture, reconnaît la prise de parole par Pauline Julien après la renonciation du peuple québécois à l’indépendance. La chanteuse-écrivaine, considérée comme la passionaria du Québec, se révèle à elle-même et s’affirme sans interrogation.

Dans la conclusion, Michel Rheault évoque les ultimes productions littéraires de Pauline Julien: le spectacle Gémeaux croisées (avec Anne Sylvestre et Denise Boucher), en 1987, le récit de voyage Népal: l’échappée belle, en 1989, le spectacle Voix parallèles (avec Hélène Loiselle), en 1990, la pièce La maison cassée (avec Victor-Lévy Beaulieu), en 1991, et des lettres envoyées du Burkina-Faso, Je vous écris d’Afrique, où elle a été volontaire à l’internationale pendant plusieurs mois, en 1993.

Michel Rheault, dans sa postface, raconte l’histoire de sa passion envers Pauline Julien depuis l’âge de huit ans: «Par le biais de cette étude littéraire, j’ai donc voulu dire et redire, entre les lignes et sous les mots, la tendresse constante, l’infini respect et l’amitié tendre tendre douce douce que je porte à Pauline Julien.»

L’analyse de Michel Rheault nous amène à conclure que l’œuvre créatrice de Pauline Julien est exemplaire et toujours d’actualité.

Référence

Rheault, Michel. - Les voies parallèles de Pauline Julien / suivi de trente-deux chansons. - Montréal: VLB Éditeur, 1993. - 166p. - (Chansons et monologues, n° 7). - ISBN 2-89005-553-1 / 978-2-8900-5553-7. - [Citations, p. 72 et 73]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 841.914 JUL et 841.914 J94Yrh 1993.

Photo

Rosier grandiflora (Grandiflora Rose), Rosa ‘Rainbow Sorbet’, Rosaceae, Origine horticole, Jardin botanique de Montréal. - Le monde en images (Collection de Claude Trudel).

Références complémentaires

Calvet, Louis-Jean. - Pauline Julien. Présentation par Louis-Jean-Calvet. Choix de textes. Discographie, portraits. - Paris: Seghers, 1974. - 176p. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ (Bibliothèque centrale de Montréal / Collection Gagnon): C 841.99 C et 841.914 J944c 1974.

Desjardins, Louise. - Pauline Julien / la vie à mort / biographie. - Montréal: Leméac, 1999. - 434p. - ISBN 2-7609-5137-5. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 927.89412 J et 927.894 J944d 1999.

Rheault, Michel. - La question de l'identité dans l'écriture de Pauline Julien. - Mémoire de maîtrise en études littéraires. - Montréal: Université du Québec à Montréal, 1991. - Bibliothèque centrale / Monographies: AC20 U5511 M3068.

Sur la Toile

Pauline Julien (YouTube)
Pauline Julien (Encyclopédie canadienne)
Pauline Julien (Monique Giroux)
Michel Rheault (L’Île)

Article connexe

Loco Locass / La parole en gage

09 juin 2017

Singapour / Histoire, société, économie

La monographie de Gérard Marie-Henry ambitionne d’offrir un panorama historique, économique et social sur les singularités de la République de Singapour. Le but de l’auteur est précisé dans sa préface et le plan du livre est présenté dans l’introduction.

Le chapitre initial est consacré à l’histoire de Singapour depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. C’est l’un des chapitres les plus intéressants de l’ouvrage.

Le chapitre 2 présente des tableaux statistiques illustrant le classement supérieur de Singapour dans plusieurs domaines: éducation, qualité de la vie, économie, gestion publique, emploi.

Le chapitre 3 traite des relations internationales, notamment avec ses voisins malais et indonésien, ainsi que de la politique et des stratégies de défense militaire de Singapour.

Le chapitre 4 explique le système politique autoritaire de Singapour, sous la direction d’une partie hégémonique, avec force tableaux.

Le chapitre 5 présente d’abord des considérations sur le multiculturalisme, celui-ci étant apprécié d’une façon très positive. Il aborde ensuite les quatre ethnies composant la population de Singapour: Chinois, Malais, Indiens et autres. Il explique enfin la rigidité étatique en ce qui concerne les langues reconnues, les logements publics, la représentation parlementaire, l’enseignement et les religions.

Le chapitre 6 porte sur les problématiques liées aux questions démographiques illustrées par de nombreux tableaux. Le chapitre 7 aborde les enjeux de la politique migratoire. La population de Singapour est passée de 2 074 000 d’habitants en 1970 à 5 399 000 habitants en 2013. Les non-résidents sont passés de 61 000 en 1970 à 1 555 000 en 2013.

Le chapitre 8 est consacré aux droits de l’homme. La démocratie et les droits de l’Homme ne sont manifestement pas des priorités dans la République de Singapour. L’auteur relativise cette réalité.

Les quatre derniers chapitres portent sur l’économie, la grille d’interprétation de l’auteur étant celle du capitalisme libéral longuement expliqué et louangé.

En guise de conclusion, l’auteur entrevoit l’emprunt du «modèle» singapourien par la Chine.

Le livre abonde en données statistiques comme s’il devait être présenté à une assemblée annuelle d’actionnaires d’une corporation capitaliste quelconque. Les explications sont limpides. Les biais interprétatifs sont clairement exposés, familiaux dans préface et capitaliste dans l’ensemble du livre (et plus explicitement dans les derniers chapitres). La dimension culturelle de Singapour est pratiquement ignorée. Le livre ne contient pas de bibliographie ni d’index.

Dans le contexte d’une vision basée sur l’idéologie capitaliste, un livre utile pour mieux comprendre l’histoire et les caractéristiques du «développement» de Singapour.

Référence

Marie-Henry, Gérard. - Singapour. - Levallois-Perret (France): Studyrama, 2016. - 256p. - ISBN 978-2-7590-3308-9. - BAnQ: 320.95957 H522s 2016.

Référence complémentaire

L’Atlas de la complexité économique produit par des chercheurs de l’Université Harvard propose plusieurs tableaux interactifs sur l’économie de Singapour. Voici quelques exemples:

Exportations en 2014
Exportations 1995-2014
Régions destinataires des exportations 1995-2014
Importations en 2014
Importations 1995-2014
Régions originaires des importations 1995-2014

02 juin 2017

Histoire illustrée des cartes marines


The seas have been the arteries of trade, transport and conquest for man since he first fashioned the craft to sail them, an endeavour that needed immense courage, experience and skill. The sea chart became the indispensable tool with which to do this, changing from an aesthetic guide to a precise record for safe and timely navigation.

Selon une perspective européenne, John Black présente l’historique de la navigation maritime dans un livre luxueux.

L’ouvrage est abondamment illustré par des cartes de toutes les époques et de tous les continents. Ces documents cartographiques sont légendés et commentés.

L’introduction et le chapitre initial portent sur des généralités, tandis que les dix autres chapitres ont trait à une région particulière:

2 - Méditerranée
3 - Europe septentrionale
4 - Arctique
5 - Afrique
6 - Asie méridionale
7 - Pacifique
8 - Amérique du Nord et Antilles
9 - Côte occidentale de l’Amérique
10 - Australie et Nouvelle-Zélande
11 - Antarctique

Chacun de ces chapitres contient un encadré thématique (page):

Rose des vents (10)
Œuvre novatrice de Mercator (19)
Carte marine du Port Mudros de 1903 (35)
Service hydrographique du Royaume-Uni (48)
Courant du Gulf Stream (61)
Esclavage (77)
Cartes autochthones (93)
William Bligh et le Bounty (108)
L’Atlantic Neptune (129)
Les trois voyages de James Cook (166-167)
Pêche à la baleine (181)

L’ouvrage est complété par une bibliographie, un index, un commentaire et les remerciements de l’auteur.

Un ouvrage de référence remarquable!

Référence

Blake, John. - The Sea Chart. The Illustrated History of Nautical Maps and Navigational Charts. - 2e éd. - Préface par Sir Ben Ainslie. - Londres: Bloomsbury, 2016. - 192p. - ISBN 978-1-8448-6314-3. - [Citation, 7]. - BAnQ: 623.8922 B6364s 2016.

Carte

1745 - Asie du Sud-Est - Carte réduite de l’archipel des Indes orientales avec les côtes du continent depuis le golfe de Manar jusqu’à Emoui à la Chine / dressée sur les meilleurs routiers et remarques des navigateurs, le tout assujeti aux observations astronomiques les plus exactes, qui ont été faites en differens endroits par les RR. PP. Jesuites et autres mathématiciens, par M. d’Après de Mannevillette,.... ; Dheulland sculpsit / Auteurs: Après de Mannevillette, Jean-Baptiste-Nicolas-Denis d’ (1707-1780), cartographe; Dheulland, Guillaume (17..?-177.), graveur. - Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Cette carte est reproduite et commentée à la page 123 du livre de John Blake.

26 mai 2017

Le Dragon bleu / Robert Lepage et autres


Les péripéties illustrées dans cette bande dessinée se déroulent en Chine. Trois personnages figurent l’éternel triangle: Pierre Lamontagne, galeriste à Shanghai, Claire Forest, publiciste venue en Chine pour l’adoption d’un enfant, et Xiao Ling, artiste peintre. L’album n’est pas paginé.

La couverture de la première édition de l’album met en scène le protagoniste solitaire en réflexion sur un pont, tandis que celle de le seconde édition le montre au cœur du trafic de la ville de Shanghai. Ces deux images sont tirées de planches insérées à la fin de la première partie de l’album.

Prologue

Le prologue de onze pages nous introduit dans le monde chinois par une leçon de calligraphie, un art millénaire qui caractérise la civilisation chinoise, alors que l’histoire se déroule en 2008-2009. À partir d’un simple trait horizontal, le narrateur trace les mots arbre, bosquet et forêt. Insérant de nouveaux caractères dans des cases, il poursuit sa leçon en racontant des anecdotes tout en comparant cette démarche avec les planches d’une bande dessinée. Symboliquement, le dernier exemple évoque une histoire susceptible d’avoir trois dénouements possibles, dans une atmosphère tantôt légère, tantôt orageuse. Cette dernière thématique sera reprise en cours de récit. Page de titre

Le protagoniste Pierre Lamontagne est illustré, pinceau à la main et genoux pliés, devant un encrier et des feuilles de papier de riz tachetées d’encre noire. Cette image évoque les quatre trésors des lettrés chinois: le pinceau, le bâton d'encre de Chine, le papier de riz et la pierre à encre.

Le titre de l’album, en noir et bleu, est suivi des noms des auteurs: Robert Lepage et Marie Michaud, pour le texte, et Fred Jourdain, pour la mise en images. Ce titre évoque à la fois l’empereur chinois (dragon) et le fleuve Yang-Tsê Kiang (fleuve Bleu).

Histoire

Un sceau identique annonce les trois parties du récit.

Un simple trait horizontal sur fond blanc est situé sous le sceau ouvrant la première partie, alors que le dessin adjacent illustre un avion en vol, au premier plan, devant un soleil rouge. Cette partie se déroule en deux temps, la première ayant trait aux retrouvailles entre Pierre et Claire, la seconde mettant aux prises Pierre et Xiao Ling.

Après une longue attente à l’aéroport, Pierre revoit Claire après nombre d’années de séparation. Leur conversation porte sur certains épisodes malchanceux du voyage de Claire, le motif de son voyage en Chine et l’installation devenue précaire de Pierre dans le contexte des préparatifs de la prochaine exposition universelle à Shanghai. Le départ de Claire pour Nanchang, en vue d’adopter Lang Xi, donne lieu à une scène acrimonieuse entre elle et Pierre. Cette partie initiale se termine par le rappel des premières rencontres de Pierre avec sa Xiao Ling, le tatouage d’un dragon sur le dos de Pierre par sa maîtresse et le refus de celle-ci de cohabiter avec lui. Au terme de cette première partie du récit, le protagoniste se retrouve en mauvais termes avec deux femmes de sa vie.

Deux traits horizontaux sur fond noir sont situés sous le sceau ouvrant la seconde partie de l’histoire, tandis qu’une image nocturne du district de Pudong étant dessinée à gauche de la page double.

De retour à Shanghai, suite à un refus d’adoption de Lang Xi, Claire se présente à la Galerie Pierre Lamontagne, en soirée, après le vernissage. Elle fait alors connaissance avec la jeune artiste Xiao Ling qui l’invite à fêter son vernissage, en l’absence de Pierre qui est retourné chez lui. Leurs conversations portent notamment sur leurs relations amoureuses respectives. Le lendemain, elles se revoient pour une tournée en bicyclette jusqu’au zoo. En route, Xiao Ling est pris d’un malaise. Elle est enceinte. Une légende relative aux trois gorges est alors racontée par l’artiste. Cette nouvelle donne lieu à une discussion tumultueuse entre Pierre et Claire au sujet de l’éventuel avortement du fœtus ou de l’adoption du bébé par Claire. Cette partie médiane se termine par deux départs, celui de Xiao Ling en train vers Beijing, après qu’elle eut refusé l’aide de Pierre, et celui de Claire en avion vers le Québec.

Trois traits horizontaux sur fond blanc sont situés sous le sceau ouvrant la troisième partie de la bande dessinée; en parallèle les caractères chinois pierre et montagne sont tracés au-dessus de nuages vaporeux.

Un an plus tard, les personnages se retrouvent de nouveau, mais dans un tout autre contexte. Le lecteur prend alors connaissance de l’évolution et des changements affectant les trois personnages. Le dénouement est ouvert, trois possibilités étant tour à tour illustrées. La boucle est bouchée, considérant le dernier caractère du prologue référant à «un fleuve immense, à l’endroit précis où il se divise en trois gorges, comme une histoire qui aurait trois dénouements possibles.»

La dernière planche saura rassurer le lecteur quant au sort du bébé. Elle symbolise aussi la chute du récit.

Écriture

L’écriture graphique est bilingue: en alphabet latin, d’une part, et en caractères chinois, d’autre part. Ceux-ci sont traduits en français. Les dialogues sont présentés dans des bulles, mais plusieurs sont illustrés avec les croquis des locuteurs.

La palette des couleurs est minimaliste, les nuances de brun et de noir étant prédominantes. Les aplats sont généralisés. L’agencement des cadres est extrêmement varié: plus d’une trentaine d’agencements différents. Par contre, l’album compte plus de quarante planches en double page.

Référence

Lepage, Robert et Michaud, Marie (texte); Jourdain, Fred (mise en images). - Le Dragon bleu. - Québec: Alto et Ex Machina, 2011. - ISBN 978-2-923550-75-6. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: C LEP et LEP.

Sur la Toile

Ex Machina (Le Dragon bleu)
Fred Jourdain (Le Dragon bleu)
Marie Michaud

Éditeur de calligraphie chinoise (Chine nouvelle)
Textes chinois annotés (Renaud Bouret)

22 mai 2017

Théâtre de rue / Les Géants à Montréal

À l’occasion des célébrations du 375e anniversaire de la fondation de Montréal, des Géants de la compagnie française Royal de Luxe défilent dans les rues de la ville. Ces marionnettes gigantesques sont accueillies avec beaucoup d’admiration et d’enthousiasme par des centaines de milliers de spectateurs de tous âges. Voici quelques photos souvenirs de ces superbes et merveilleuses prestations.

1 - Les Lilliputiens en livrée rouge au pied des Géants


2 - Le Scaphandrier et la Petite Géante avant leur réveil


3 – Le chien Xolo et le Scaphandrier


4 - Le Scaphandrier en marche


5 - La Petite Géante dans sa chaloupe


6 - Le Scaphandrier parmi la foule


7 - Le regard curieux du Scaphandrier


8 - Le Scaphandrier pendant la pause


9 - La Petite Géante parmi la foule


Félicitations aux concepteurs, artistes et techniciens de ce merveilleux spectacle!

Références

Royal de Luxe
Vive Montréal

Photos

Claude Trudel (20-21 mai 2017)

19 mai 2017

Dictionnaire des intellectuels au Québec (DiQ)

Ce dictionnaire est conçu pour combler les lacunes d’une mémoire collective quelque peu défaillante, mais aussi pour donner envie de lire ou de relire les textes de ces femmes et hommes passionnés par les idées, qui ont contribué – et qui contribuent toujours – à bâtir la société québécoise.

Sous la direction de Yvan Lamonde, Marie-Andrée Bergeron, Michel Lacroix et Jonathan Livernois, plus de 80 spécialistes ont contribué à la rédaction des 137 entrées exhaustives du DiQ.

L’introduction compte sept parties portant sur le but de l'ouvrage et les définitions du mot intellectuel.

Le mode d’usage du DiQ complète cette introduction.

Parmi les entrées consacrées à des femmes, hommes, publications et institutions, soulignons celles-ci à titre d’exemple:

Nicole Brossard
Éva Circé-Côté
Martine Delvaux
Micheline Dumont
Andrée Ferretti
Madeleine Gagnon
Suzanne Jacob
Judith Jasmin
Aurélie Lanctôt
Simone Monet-Chartrand

Pierre Bourgault
Paul Chamberland
Pierre Dansereau
Alain Deneault
Michel Freitag
Jean-Marc Léger
Marie-Victorin
Gaston Miron
Gabriel Nadeau-Dubois
Guy Rocher

Action nationale
École de Montréal
Institut canadien de Montréal
Parti pris
Maintenant

L’ouvrage est complété par une bibliographie, un tableau chronologique, la liste des collaboratrices et collaborateurs (institutions d’appartenance, courriels, entrées), un index et la table des matières.

Ce prestigieux dictionnaire est publié aux Presses de l’Université de Montréal (PUM).

Référence

Lamonde, Yvan et al. - Dictionnaire des intellectuel.les au Québec. - Montréal: Les Presses de l’Université de Montréal, 2017. - 345p. - (Corpus). - ISBN 978-2-7606-3704-7. - [Citation, 4e de couverture]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 305.552 DICT et 305.55209714 D5548 2017.

Articles connexes

Alain Deneault

L’austérité au temps de l’abondance

Michel Freitag

Le naufrage de l’université
Introduction à l’œuvre de Michel Freitag
Dialectique et société | Genèse
L’abîme de la liberté | Michel Freitag
La liberté à l'épreuve de l'histoire

Gabriel Nadeau-Dubois

Démocratie et mobilisation
Gabriel Nadeau-Dubois | Références
Gabriel Nadeau-Dubois | La révolte des riches
Analyse du livre « Tenir tête » (Gabriel Nadeau-Dubois)
Plaidoyers pour la gratuité scolaire (Libres d’apprendre)

Guy Rocher

Introduction à la sociologie générale

12 mai 2017

La liberté à l’épreuve de l’histoire

Sous la direction de Daniel Dagenais, les Éditions Liber viennent de publier les textes du colloque L’abîme de la liberté de Michel Freitag. Organisé en novembre 2014, à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), ce colloque coïncidait avec le cinquième anniversaire du décès de Michel Freitag (1935-2009).

Dans son introduction, Daniel Dagenais rappelle d’abord l’importance et la portée du livre posthume de Michel Freitag intitulé L’abîme de la liberté. Critique du libéralisme (Montréal, Liber, 2011).

Dans un deuxième temps, il présente les quatre parties du livre et les auteurs des quatorze articles:

I - Liberté et libéralisme / Gilles Labelle, Georges Leroux, Olivier Clain, Stéphane Vibert

II - Liberté et ontologie / Jean-François Filion, Brian C. J. Singer, Daniel Tanguay

III - Liberté et émancipation / Patrick Ernst, Éric Martin, Daniel Dagenais, Yves Bonny

IV - Les avatars de la liberté / Jacques-Alexandre Mascotto, François L’Italien, Gilles Gagné

Daniel Dagenais termine son introduction par des remerciements envers les personnes et les commanditaires qui ont apporté leur soutien à l’organisation et à la publication des actes du colloques, ainsi qu’envers l’éditeur des œuvres de Michel Freitag.

Tout au long des articles, les notes sont insérées en bas de page. Ces notes contiennent un grand nombre de références bibliographiques.

Les notices biographiques des quatorze contributeurs et la table des matières détaillée complètent l’ouvrage.

Un livre magistral invitant à poursuivre l’approfondissement de la pensée du grand sociologue et philosophe Michel Freitag. Quelques citations serviront à le démontrer.

Citations

Tant par ses propositions théoriques fondatrices que par son engagement profondément politique, l’œuvre de Michel Freitag est unique. On ne s’en approche qu’en pensant à l’ensemble qu’elle constitue, ensemble où se trouvent liées de manière indissociable plusieurs entreprises philosophiques, sociologiques, critiques, esthétiques, pédagogiques. Michel Freitag est non seulement intervenu sur les questions brûlantes de notre temps, mais il a également élaboré le cadre général d’une théorie qui donne à son travail ce statut d’œuvre que nous admirons. (Georges Leroux, La liberté à l’épreuve de l’histoire, p.35)

L’abîme de la liberté est un livre difficile, qui traite d’un sujet banal mais délicat, la liberté, et qui le fait d’un point de vue qui prend le plus souvent le contre-pied de l’opinion dominante. Sur le fond d’une critique de l’idéologie de la modernité, il propose une analyse sociologique du traitement de la question de la liberté dans son anthropologie philosophique. Il offre à méditer un texte dense, riche, dont le ton à la fois grave, polémique, parfois pressé, le plus souvent généreux, convient au genre et au sujet. (Olivier Clain, Libertés, libéralisme et néolibéralisme, p. 69)

Le seul fait que Freitag ose critiquer la liberté libérale ou négative – en tant qu’absence de contraintes politiques et possession naturelle de droits – le place en porte-à-faux avec notre époque. […] À notre avis, le projet normatif de Michel Freitag vise rien de moins que la négation de la négation libérale de la tradition. […] Dans les pages qui suivent, nous tenterons d’exposer que la lucidité sociologique de L’abîme de la liberté convie le lecteur à sortir de ses évaluations pragmatiques quotidiennes afin d’entrevoir un changement sociétal radical, d’une ampleur similaire à ce que fut la sortie moderne du Moyen Âge. (Jean-François Filion, Supprimer l’abîme de la liberté négative: le besoin d’une deuxième négation chez Miche Freitag, p. 139, 140 et 140-141).

On ne peut pas opposer d’une manière générale la liberté de l’individu à la contrainte de la culture ou de la société. Il n’y a pas d’individu sans société; et pas de liberté individuelle sans cette liberté épistémique de la culture qui donne à l’individu un monde durable qui fait sens pour lui. Cette donation du sens par le symbolisme est la condition de l’existence individuelle, aussi bien que de la liberté individuelle. (Brian C. J. Singer, D’une pensée hiérarchique: L’abîme de la liberté de Michel Freitag, p. 176)

Ce qui fait la grandeur et la dignité de l’être humain, soit sa capacité de produire un ordre symbolique, risque aussi de causer sa perte. […] Le seul moyen peut-être pour l’être humain d’éviter ce qui semble être son destin inéluctable – sombrer dans l’abîme de sa liberté – serait de réapprendre à percevoir la fragilité et la contingence de la vie, de réapprendre à voir dans les bêtes ce qu’en fait nous avons toujours été et ce que nous savons être au fond de nous-mêmes, des êtres vivants qui dépendent d’un Tout dont nous ne sommes ni la source ni les maîtres. (Daniel Tanguay, L’énigme de l’animalité et le destin de l’humanité selon Michel Freitag, p. 210 et 211)

Une question n’a cessé de préoccuper Michel Freitag durant toute sa vie: comment concilier aujourd’hui un principe espérance avec l’extraordinaire développement du capitalisme à l’échelle du monde? Ses effets désastreux sont devenus si préoccupants que plus personne ne croit vraiment à la poursuite infinie de ce modèle de développement. […] Il nous faut trouver autre chose, une expérience sociale plus authentique propice au réveil de cette espérance, et aller chercher dans notre passé pas si lointain des formes possibles de cet éveil. (Patrick Ernst, La critique sociale et le déni des médiations symboliques, p. 216 et 217)

Toute liberté, toute expressivité, toute autonomie manifeste une condition générale qui est plus large qu’elle. Ainsi, du fait même qu’elle soit située (historiquement, géographiquement), la liberté signale son appartenance à un moment, à une époque, à des conditions, ce qui déjà lui assigne des limites. […] Mais Freitag va plus loin: cette autonomie, cette expressivité, cette liberté est la forme dans laquelle se déploie et s’agrandit une forme d’existence toujours concrète. (Daniel Dagenais, Liberté et identité, p. 289)

S’il est à mes yeux une tâche importante que Freitag nous a léguée, c’est celle de développer et de diffuser sa théorie critique, originale et puissante, mais aussi de clarifier, d’approfondir et de prolonger sa théorisation à caractère contributif. (Yves Bonny, De la postmodernité comme alternative dans l’œuvre de Michel Freitag: universum, autonomie et solidarité, p. 318)

L'abîme de la liberté est un essai de plus de cinq cents pages d'une densité peu commune. (Gilles Gagné, Idéologie et communication. Problèmes contemporains de la discussion publique, p. 437)

Références

Dagenais, Daniel, dir. - La liberté à l’épreuve de l’histoire. La critique du libéralisme chez Michel Freitag. - Montréal: Liber, 2017. - 470p. - ISBN 978-2-89578-578-1. - BAnQ: 323.44 A148L 2017.

Freitag, Michel. - L’abîme de la liberté. Critique du libéralisme. - Montréal: Liber, 2011. - 505p. - ISBN 978-89578-307-7. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 323.44 F8665a 2011.

Articles connexes

L’abîme de la liberté | Michel Freitag
Introduction à l’œuvre de Michel Freitag
Dialectique et société | Genèse
Le naufrage de l’université

05 mai 2017

Un nouveau monde / Joël Casséus

Le chemin, peut-être, n’est pas l’ascendance, pas la filiation, mais le futur. Le futur porté vers l’Autre: se réconcilier dans l’altérité et y bâtir un monde nouveau.

Le roman de Joël Casséus est sombre, cérébral et complexe. Ses personnages sont tourmentés. Plusieurs d’entre eux souffrent d’exclusion sociale, de discrimination sexuelle, de ségrégation raciale ou de maladie mentale.

Le récit est centré sur Odradek et sa famille: sa femme Ella, son fils Malik; ses parents Christophe et Marie-Louise; son frère Faustin; ses beaux-parents Claude et Majorie. Quelques personnages secondaires sont aussi conviés. Les personnages sont bien typés et leur personnalité respective est bien décrite tout au long de l’histoire.

Les endroits où se déroulent les événements sont bien identifiés et singularisés. Les descriptions des lieux sont minutieuses et réalistes. Les symbolismes de ceux-ci sont explicites.

Le style d’écriture est contrasté. Deux niveaux de langage caractérisent les dialogues, le langage populaire et le langage soutenu. Certaines phrases sont particulièrement très longues, tandis que d’autres sont d’un niveau universitaire. Les rappels historiques et les termes spécialisés sont abondants.

Certes, une œuvre de fiction, mais aussi et surtout un ouvrage à thèse. Les structures sociales sont rigoureusement décrites, de nombreux faits contemporains à l’appui. La problématique de l’identité personnelle liée à l’identité collective traverse tout le récit.

L’épigraphe*, en anglais, est tirée d’une courte nouvelle, La visitation (1934), de l’écrivain polonais Bruno Schulz (1892-1942).

Je complète cette brève recension par cet extrait du roman: «Les livres requièrent de la patience, de la délicatesse. Du temps. Ils survivent dans un monde fragile. Ils se laissent absorber, ils ne se font pas tout simplement lire.»

Références

Casséus, Joël. - Un nouveau monde. - Montréal: Leméac, 2016. - 301p. - ISBN 978-2-760-94731-3. - [Citations, p. 191 et 67-68]. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: C848 CASS.M et Casséus C3449m. / L'écrivain Joël Casséus enseigne la sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

* Épigraphe

Citation en français:

Vers cette même époque nous fîmes presque simultanément la même remarque, à savoir que mon père rapetissait de jour en jour, comme une noix qui se dessèche à l’intérieur de sa coquille. […] Nous cessâmes purement et simplement d’en tenir compte, tant il s’était éloigné de tout ce qui était humain et réel.

Schulz, Bruno. - «La visitation». - Traduction du polonais par Georges Lisowski. - Dans Les boutiques de canelle. - Paris: Denoël, 2008 © 1974. - (L’imaginaire / Gallimard, n° 509). - 210p. - ISBN 978-2-07-077087-8. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: SCH et Schulz S388b. - P. 44-52. - [Citation, p. 50 et 52].

Sur la Toile

Lancement «Un monde nouveau» de Joël Casséus (Caroline Dawson, 26 octobre 2016)
L’Histoire des histoires: entrevue avec Joël Casséus (Charlotte Mercille, 14 octobre 2016)
Entrevue avec l’écrivain Joël Casséus (en résidence à la bibliothèque Langelier jusqu’en février 2017) (Culture MHR, 19 septembre 2016)
Joël Casséus (Leméac Éditeur)

Henri Christophe (1767-1820)

Bruno Schulz (Wikipédia)
Bruno Schulz: Les boutiques de cannelle (Olivier Barrot, 14 avril 1992) (Vidéo, 01:45 min)
The Street of Crocodiles (Wikepedia)

Étude de la notion de pauvreté à travers le discours médiatique de la diaspora haïtienne (Joël Casséus, Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de maîtrise en sociologie, Université de Montréal, 2005)

28 avril 2017

La Grande Expédition américaine de 1838-1842



Nathaniel Philbrick raconte les péripéties innombrables et singulières de la grande exploration scientifique menée par les États-Unis d’Amérique en 1838-1842. À juste titre, l’auteur intitule son livre À la conquête du Pacifique, cette entreprise ayant aussi des buts commerciaux et géopolitiques.

Le récit se lit comme un roman palpitant, de la préface à l’épilogue. Chacune des parties de l’ouvrage porte sur les évènements survenus dans une des régions parcourues par la flotte américaine : récapitulation des explorations antérieures et préparatifs de la nouvelle expédition; découverte et exploration de l’Antarctique; exploration des îles du Pacifique et du territoire riverain de l’Oregon; règlements de compte au retour sur le sol américain et legs laissé à la postérité.

Plusieurs cartes historiques accompagnent le récit, mais elles ne font pas l’objet d’une liste en fin d’ouvrage (pages):

Trajet de l’expédition d’exploration américaine 1838-1842 (16-17)
Première traversée vers le Sud / Février-Mars 1839 (135)
La Grande Mer du Sud (172-173)
L’Antarctique (211)
La terre de Wilkes (236-237)
Les îles Fidji (262-263)
Les îles Hawaii (315)
Le territoire d l’Oregon (350)
L’embouchure du Colombia (351)

Une représentation moderne des navires de l’expédition réunis dans la baie d’Orange, près du cap Horn, en février 1839, est affichée sur les pages 24-25. Ces bateaux font l’objet de maintes descriptions tout au long de leur histoire tumultueuse dans les grands océans.

Plusieurs photos sont regroupées entre les pages 192-193 et 312-313. Elles ne sont pas listées en fin d’ouvrage. Avant de parcourir le récit, le lecteur a tout intérêt à observer les portraits des protagonistes et les illustrations originales de l’expédition.

Une fois les cartes, photos et images consultées, le lecteur peut commencer la lecture d’une des dernières grandes expéditions à voile. Bien que le ton de l’auteur soit souvent moralisateur, son récit est captivant. Il est axé sur les personnages, en particulier sur le commandant de l’expédition, et les obstacles rencontrés. Ceux-ci ont un caractère à la fois naturel et humain. C’est un témoignage vivant sur une époque mouvementée, sur toute une séquence de l’humanité dans sa grande diversité.

Terminons cette recension en citant les propos touchants d’un simple marin de cette expédition, des paroles écrites à la fin de sa vie: «Le marin meurt comme il a vécu. Il n’a d’autre public que ceux qui partagent les mêmes dangers. Il se couche pour mourir loin de chez lui et de ses amis, sans personne pour raconter au monde l’histoire des batailles qu’il a menées si bravement, mais perdues, personne pour être témoin de ses souffrances ou remarquer le courage avec lequel il a affronté la fin.» (Charlie Erskine, Twenty Years Before the Mast, 1896)

Un grand nombre de documents numérisés de l’expédition, dont les cartes géographiques originales de Charles Wilkes (1798-1877), peuvent être consultées en ligne, notamment sur les sites Library of Congress, Harvard University Library et David Rumsey Historical Map Collection.

Référence

Philbrick, Nathaniel. - À la conquête du Pacifique (1838-1842), la Grande Expédition U.S. des mers du Sud. - Traduit de l’anglais par Thierry Piélat. - Paris: JC Lattès, 2005. - 479p. - ISBN 978-2-7096-2363-3. - [Citation, p. 468]. - BAnQ: 910.973 P545a 2005.

Image
Andes - "Andes, near Alparmarca (i.e. Alpamarca), Peru", "Drawing shows a man on horseback, his back to the viewer, facing toward the Andes Mountains. Alfred Agate participated in the Charles Wilkes expedition to western North America, South America, Australia and the South Pacific from 1838 to 1842." "1 drawing : watercolor, gouache, lead white, and ink over graphite underdrawing" - Date between 1838 and 1842 - Author: Alfred Thomas Agate (1812-1846) - Wikipedia Commons.

Carte

1840 (1845) - Antarctique - Chart of the Antarctic Continent Shewing the Icy Barrier Attached to it. Discovered by the U.S. Ex. Ex. Charles Wilkes Esq. Commander. 1840. Eng. by Sherman & Smith, N.Y. (Charles Wilkes) - Images copyright © 2000 by Cartography Associates. Images may be reproduced or transmitted, but not for commercial use. This work is licensed under a Creative Commons License.

Sur la Toile

Learn More About the U.S. Exploring Expedition (The Scientific Legacy of the U.S. Exploring Expedition) (Nathaniel Philbrick)
United States South Seas Exploring Expedition (aka the Wilkes Expedition), 1838-1842 (Harvard University Library)

Article connexe

Dictionnaire de la mer

21 avril 2017

Chefs-d’œuvre de l'art africain

Éloi Rousseau et Johann Protais publient aux Éditions Larousse un livre remarquable sur l’art africain subsaharien. La partie liminaire est constituée par un sommaire et une introduction. Le corps de l’ouvrage compte deux parties: un essai de trente et une pages suivi de la description de quarante-deux chefs-d’œuvre.

L’introduction définit l’art africain correspondant, en fait, à l’Afrique noire. Les caractéristiques de cet art sont ensuite précisées: son unité (importance du fait tribal et ethnique, culture orale, religions animistes), sa diversité (langues, cultures, régions), ses emprunts et apports aux Occidentaux. Une photo d’une fête dogon (Mali) illustre cette introduction.

L’essai porte sur les thèmes suivants:

La découverte de l’art africain
La constitution d’un butin colonial
Le temps de la dignité
Les enjeux politiques actuels
La question de l’art
Les fonctions
Le récit des mythes
L’influence de l’Occident
Les techniques

Plusieurs œuvres illustrent les propos des auteurs: Tête anthropomorphe (Nok, Nigéria), Statuette de femme (Djenné, Mali), Tête qui représente l’usurpateur Lajuwa (Ifé, Nigéria), Masque cimier (Baga, Guinée), Masque du singe noir (Dogon, Mali), Cavalier (Yoruba, Nigéria), Porte (Igbo, Nigéria), Plateau à proverbe (Woyo, Cabinda), Oracle à friction (Kuba, RD du Congo), Poterie de gémellité (Bobo, Burkina Faso), Tambour en forme de buffle (Yangéré, Afrique centrale).

La seconde partie du livre présente chaque chef-d’œuvre sur une double page: la description, à gauche, et la photo de l’œuvre d’art, à droite. Les descriptions sont captivantes. De plus, les éléments notés et expliqués sont très diversifiés:

- types: cimier, harpe, masque, plaque, poids à peser, poulie à tisser, sculpture, statue, statuette, tabouret, tambour, tissu;

- cultures: Akan, Angola, Ashanti, Baga, Bamikélé, Baoulé, Cabinda, Dan, Dogon, Edo, Fang, Fon, Ifé, Kota, Kuba, Luba, Lumbo, Mossi, Punu, Sénoufo, Tsogho, Vili, Yaka, Yangéré, Yoruba;

- pays: Afrique centrale, Anyang, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Gabon, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Nigéria, République démocratique du Congo, Sierra Leone;

- matériaux: bois, bronze, cauri, cire, corne, coton, coquillage, cuir, cuivre, fer, fibre naturelle, fibre végétale, graine, ivoire, kaolin, laiton, métal, miroir,or, peau, perle, pigment, plume, poil d’animal, raphia, résine, textile, tissu, verre;

- collections: British Muséum (Londres), Ethnologisches Museum (Berlin), Horniman Museum (Londres), Institut de recherche en sciences humaines (Niamey), Musée de Grenoble (France), Musée du quai Branly (Paris), Musée royal de l’Afrique centrale (Tervuren, Belgique), Museum of Ife Antiquities (Nigéria); collections particulières, dont celle d’Hervé Poupon.

Quel chef-d’œuvre choisir comme mon favori? Et bien, tous!

Le livre est complété par deux cartes géographiques (pays, ethnies), un glossaire (dix-sept entrées) et les crédits photographiques. Il n’y a pas de carte à la page 46, contrairement à ce qui est annoncé à la page 125. Ce livre de référence n’a pas de bibliographie ni d’index. Toutefois, le livre Description de l’Afrique (1668), par Olaf Dapper, est cité à quelques reprises.

Quel plaisir de découvrir et d’apprécier ces chefs-d’œuvre de l’art africain!

Référence

Rousseau, Éloi; Protais, Johann. - Chefs-d’œuvre de l'art africain. - Paris: Larousse, 2016. - 128p. - ISBN 978-2-03-591009-7. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 709.67 R8643c 2016.

Sur la Toile

Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM)

La collection d’art africain réunit 565 pièces originaires majoritairement de la région subsaharienne. Elle a été fondée en 1940 par le conservateur F. Cleveland Morgan, qui a acheté le premier artéfact pour le Musée: un masque en bronze du Bénin. La collection s’est enrichie de façon significative en 1975 grâce à une donation de quelque 500 pièces, réunies par le prêtre jésuite Ernest Gagnon.

Article connexe

Musée du quai Branly

14 avril 2017

Une histoire des découvertes scientifiques


Avant tout, il a fallu, pour que vous soyez là aujourd’hui, que des billions d’atomes errant au hasard aient la curieuse obligeance de s’assembler de façon complexe pour vous créer. Cet arrangement est si particulier qu’il n’a jamais été tenté auparavant et n’existera qu’une seule fois.

C’est par cette interpellation personnelle que débute l’introduction du livre de Bill Bryson intitulé Une histoire de tout, ou presque... Dans la seconde partie de son introduction, l’auteur explique comment il en est venu à s’intéresser aux grandes questions et à l’histoire des découvertes scientifiques.

Tout au long de son exposé, l’auteur formule un tas de questions auxquelles il donne des réponses. Sinon, à défaut de certitudes, il évoque des hypothèses. Cette démarche rend le récit captivant et fort dynamique.

Les nombreux artisans des avancées scientifiques sont identifiés et leurs contributions respectives soulignées au fur et à mesure du déroulement des découvertes historiques. Un très grand nombre des chercheurs cités dans l’ouvrage sont anglo-saxons, plusieurs d’entre eux étant par ailleurs très fortunés. Des anecdotes sur la personnalité des découvreurs et sur leur vie familiale pimentent le récit.

Voyons un aperçu du contenu de cet ouvrage de vulgarisation sur plusieurs sciences, depuis les Temps modernes jusqu’à nos jours: astronomie, biologie, chimie, géologie, météorologie, paléontologie, physique et autres sciences apparentées.

Partie I - Perdus dans le cosmos

Le premier chapitre porte sur la naissance de l’Univers expliquée par les théories du Big Band et de l’inflation. Au cours de cette expansion originelle, les quatre forces fondamentales de l’Univers ont émergé: la gravité, l’électromagnétisme, les forces nucléaires forte et faible. Le devenir hypothétique de l’Univers est ensuite envisagé en fonction de la théorie de la relativité. Les nombres émaillant les explications donnent le vertige.

Le chapitre 2 porte sur le système solaire. La découverte problématique de Pluton est d’abord présentée. La notion d’espace est ensuite abordée en prenant comme exemple la distance nous séparant du nuage d’Oort. Des considérations sur la probabilité de vie humaine ailleurs dans l’Univers sont ensuite évoquées.

Le chapitre 3 porte sur les étoiles à neutrons et l’importance des supernovæ. Celles-ci ont rendu possible la formation de plusieurs éléments lourds, par exemple le carbone et le fer. La genèse de la Terre est ensuite expliquée.

Partie II - La taille de la Terre

Le chapitre 4 est très technique. Dans un premier temps, il traite des lois de Newton, ainsi que des expéditions françaises dans les Andes et en Scandinavie pour mesure la circonférence de la Terre. La seconde partie du chapitre porte sur le calcul de la masse de la Terre.

Au chapitre 5, avec beaucoup d’humour, Bryson relate les débuts de l’histoire de la géologie. Ces péripéties font ensuite place aux débats sur la datation des temps géologiques, y compris l’âge de la Terre.

Le chapitre 6 est consacré aux premières découvertes de fossiles de dinosaures, tant en Angleterre qu’aux États-Unis d’Amérique. L’auteur s’attarde particulièrement sur les vives rivalités entre les pionniers de la paléontologie.

Le chapitre 7 relate les découvertes d’un grand nombre d’éléments chimiques par des chercheurs souvent déconcertants. La classification rigoureuse de ces éléments dans un tableau périodique par Mendeleïev est bien expliquée. Le chapitre se termine par la découverte de la radioactivité par Marie et Pierre Curie.

Partie III - À l’aube d’un nouvel âge

Le chapitre 8 explore la structure de l’Univers, notamment grâce aux découvertes de Planck (thermodynamique), Einstein (théorie de la relativité) et Hubble (existence d’autres galaxies que celle de la Voie lactée).

Dans une tout autre dimension, le chapitre 9 porte sur la structure atomique de la matière. Les péripéties de l’émergence de la physique quantique sont relatées avec nombre d’exemples susceptibles de nous faire comprendre le monde subatomique.

Les méthodes de datation des matériaux anciens (carbone 14 et électroluminescence) et des roches (vitesse de désintégration de l’uranium en plomb et spectrographe de masse) font l’objet du chapitre 10. Bien plus, ce chapitre est consacré aux utilisations néfastes du plomb depuis le début du 20e siècle, surtout par l’industrie automobile.

Le chapitre 11 porte sur la physique des particules, un monde qui dépasse l’entendement. Dans ce contexte pointu, l’auteur aborde les collimateurs d’atomes, le modèle standard du monde subatomique et plusieurs théories, dont celle des cordes. La seconde partie établit l’âge de l’Univers selon les dernières avancées des astronomes.

Intitulé La Terre bouge, le chapitre 12 décrit les découvertes à l’origine de la théorie de la dérive des continents et de la nouvelle science de la tectonique des plaques.

Partie IV - Dangereuse planète

Le chapitre 13 porte sur la théorie de l’impact, celle qui expliquerait l’extinction subite des dinosaures. Deux points sont longuement abordés: le cratère de Manson et les conséquences catastrophiques d’un éventuel impact d’un astéroïde ou d’une comète sur la Terre. Par contraste, le chapitre 14 traite de la constitution interne de la Terre. Le chapitre suivant décrit les caractéristiques époustouflantes du supervolcan Yellowstone.

Partie V - La vie elle-même

Le chapitre 16 illustre la fragilité du genre humain, tout en précisant les facteurs favorables à l’apparition et au maintien d’une forme de vie complexe sur la Terre. Le chapitre suivant porte sur les phénomènes atmosphériques et océanographiques. Le chapitre 18 est consacré au cycle de l’eau, à la vie dans les abysses, à la découverte des sources hydrothermales et à la surpêche.

Le chapitre 19 relate les premières étapes de la vie échelonnées sur plusieurs milliards d’années: bactéries, cyanobactéries, stromatolites, mitochondries, eucaryotes. Le chapitre suivant s’attarde au classement des organismes vivants, aux bienfaits inestimables et indispensables des microbes, aux infections et aux antibiotiques. Les maladies dues à des virus sont ensuite étudiées, par exemple l’épidémie de la grippe espagnole en 1918.

Le chapitre 21 rapporte les spéculations relatives à l’explosion du Cambien, notamment sur les trilobites fossiles des schistes de Burgess. Le chapitre suivant représente l’histoire de la vie au cours d’une journée fictive. Ensuite, l’auteur fait état des grandes et petites extinctions, des transformations consécutives à ces catastrophes et à la pérennité hasardeuse de la vie. Le chapitre 23 est consacré à la taxonomie et à la diversité de la vie végétale et animale.

Le chapitre 24 porte sur la cellule: les étapes de sa découverte, sa composition (membrane, cytoplasme, noyau), et sa description par Bryson faite avec beaucoup d’humour et nombre d’analogies. Le chapitre suivant a trait aux théories de Darwin et de Mendel. Le chapitre 26 relate les découvertes de l’acide désoxyribonucléique (ADN) et l’acide ribonucléique (ARN), et conclut par l’assertion suivante: «La vie est une».

Partie VI - Le chemin vers nous

Le chapitre 27 porte sur la glaciation et les périodes glaciaires. Le chapitre suivant porte sur la préhistoire humaine. Les découvertes de fragments osseux, par exemple celles de l’homme de Java, de l’enfant de Taung, de l’homme de Pékin et de Lucy, donnent lieu à de multiples hypothèses et de vifs débats. L’auteur s’attarde ensuite à l’Homo habilis et l’Homo erectus.

Le chapitre 29 porte sur l’apparition de la première technologie, la fabrication de petites haches. Ensuite, il évoque la dispersion des hominidés en deux vagues, depuis le foyer africain: l’Homo erectus (± 2 millions d’années) et l’Homo sapiens (± 100 000 ans). Tout le chapitre fourmille d’hypothèses sur l’évolution de nos ancêtres.

Le dernier chapitre est à la fois factuel et moralisateur. Dans un premier temps, il décrit l’extinction systématique d’animaux, entre autres, par l’homme. Dans un second temps, il rappelle l’heureux hasard de l’existence de la vie sur notre planète. Citons une phrase conclusive de l'auteur: « C’est une pensée troublante de se dire que nous pouvons être l’achèvement suprême du monde vivant et son pire cauchemar à la fois.»

Le livre est complété par les notes, une bibliographie de vingt pages comprenant quelques titres traduits en français, et les remerciements d’usage. Il n’y pas d’index.

Références

Bryson, Bill. - Une histoire de tout, ou presque... - Traduit de l'anglais par Françoise Bouillot. - Paris: Payot & Rivages, 2009. - 648p. - [Citation liminaire, p. 11]. - ISBN 978-2-2289-0218-2 - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 500 B916h 2007 et 500 B9166h 2009.

Bill Bryson / Microblogue - Wikipédia - Encyclopedia.com

Ajout (12 juin 2017)

Gingras, Yves. - Sociologie des sciences. - 2e éd. - Paris: PUF, 2017. - 128p. - (Que sais-je?, n° 3950). - ISBN 978-2-13-078943-7. - BAnQ: 306.45 G4926s 2017.

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Gravitational Waves Detected 100 Years After Einstein's Prediction (An artist's impression of gravitational waves generated by binary neutron stars. Credits: R. Hurt/Caltech-JPL) (NASA/JPL, 11 février 2016)

Sur la Toile

Prise de position pragmatique et nuancée sur l’univers (Paul Journet, La Presse, 12 mars 2017) - [La collision de deux trous noirs sert d’amorce aux propos de l’éditorialiste.]

Sciences / Techno (La Presse)