24 février 2017

Nigéria / Amzat Boukari-Yabara

Les catastrophiques extractions pétrolières dans le delta du fleuve Niger, les attaques meurtrières de la secte Boko Haram et les nombreuses grèves étudiantes au Nigéria m’ont incité à rechercher et à lire une synthèse sur ce pays. À cet égard, le livre Nigéria du chercheur et historien Amzat Boukari-Yabara s’est avéré tout indiqué.

L’ouvrage est d’une facture encyclopédique, tant par l’agencement de ses informations que par son style d’écriture. Précédé d’une introduction, il compte cinq chapitres abordant chacun un double thème: histoire et géographie, peuples et société, pouvoir et politique, économie et développement, éducation et culture. Des encadrés précisent certaines données marquantes tels la guerre du Biafra, les sociétés secrètes, les réseaux sociaux, les trafics humains, la charia, le pétrole, l’aménagement des villes, l’art royal du Bénin, les arts visuels et la musique. Une carte, un résumé et une bibliographie sont insérés à la fin de chaque chapitre. Le livre est complété par une conclusion, une bibliographie (livres et sites) et un index.

Le chapitre initial présente l’histoire ancienne, moderne, coloniale et contemporaine du Nigéria. Cette fresque historique est suivie d’informations géographiques: la démographie, les limites territoriales, le relief et le climat, la géopolitique.

Le chapitre suivant aborde différentes facettes déterminantes de la société nigériane: la diversité ethnique (plus de 250 peuples, dont les trois prédominants: Haoussa, Yoruba, Ibo), les statistiques démographiques, la situation sanitaire (maladies), la mosaïque religieuse, les inégalités économiques, les manifestations populaires, les télécommunications et les médias, la discrimination envers les femmes.

Le troisième chapitre porte sur les principaux enjeux politiques: les constitutions successives et les périodes dictatoriales, le système fédéral, la problématique de la sécurité intérieure et les relations internationales.

Le quatrième chapitre fait état de la situation économique: le commerce transfrontalier et mondial, le secteur bancaire et financier, les ressources minières (dont le pétrole et le gaz naturel), les problèmes énergétiques (réseaux pétroliers et électriques), l’agroalimentaire (agriculture, élevage, pêche), l’aménagement du territoire (urbanisme, transports).

Le dernier chapitre est consacré à la vie intellectuelle: le système éducatif, le patrimoine culturel (lettres et arts), la politique culturelle, les activités et productions culturelles (musique, cinéma, sports).

Tout au long de son exposé, l’auteur relève les grands défis auxquels le Nigéria est confronté, tout en soulignant les ressources humaines et matérielles dont disposent les Nigérians pour les relever.

Un ouvrage synthèse exemplaire et captivant! Une ressource documentaire inestimable!

Référence

Boukari-Yabara, Amzat. - Nigéria. - Bruxelles: De Boeck, 2013. - 114p. - (Monde arabe / Monde musulman). - ISBN 978-2-8041-8145-1. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 966.9 B762n 2013.

Auteur

Amzat Boukari-Yabara (Centre d’études africaines / ÉHESS)
Amzat Boukari-Yabara (Africultures)
Publications d’Amzat Boukari-Yabara (Cairn)
Walter Rodney (1942-1980) (Thèse d’Amzat Boukari-Yabara)

Références complémentaires

Cartes (au lendemain de l’indépendance)

1961 - Nigéria – Nigeria [Moyens de transport et principaux groupes ethniques] - Central Intelligence Agency (Gouvernement des États-Unis d’Amérique) - Library of Congress
1962 - Nigéria - Nigeria, administrative divisions - Central Intelligence Agency (Gouvernement des États-Unis d’Amérique) - Library of Congress

Livre (exploitation du pétrole dans le delta du fleuve Niger)

Klein, Naomi. - Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique. - Montréal: Lux, 2016 © 2015. - 696p. - (Pollux). - ISBN 978-2-89596-238-0. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: 363.73874 K644t 2016. - Voir: Opération changement climatique, p. 397-403.

Sur la Toile

Chronologie du Nigéria (Ritimo)
Nigéria (Perspective monde) (Université de Sherbrooke)
Nigéria (Chronologie depuis 1960) (Université de Sherbrooke)

17 février 2017

Pavillon pour la Paix / MBAM


Un superbe livre édité par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), sous la direction de Nathalie Bondil: Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein, Art international et éducation: Atelier international d'éducation et d'art-thérapie Michel de la Chanelière.

Ce livre grand format compte trois parties.

La partie liminaire contient 1° des messages de Philippe Couillard, Jacques Parisien, l’Association des bénévoles du MBAM, Michal et Renata Hornstein et Michel de la Chenelière; 2° des exposés de Nathalie Bondil (Pavillon pour la Paix, Manifeste pour un musée des beaux-arts humaniste), des réflexions personnelles d’Hilliard T. Goldfarb sur les collectionneurs et mécènes Michal et Renata Hornstein, ainsi qu’un entretien avec Michal Hornstein; 3° les remerciements, dont l’allocution que Michal et Renata Hornstein devaient livrer lors de l’inauguration du pavillon.

La deuxième partie de l’ouvrage, la plus considérable, est constituée de planches annotées par les conservateurs Nathalie Bondil (NB), Sylvain Cormier (SC), Hilliard T. Goldfarb (HTG), et la documentaliste France Trinque (FT).

Sous forme de liste, la troisième partie présente d’une façon illustrée et chronologique les œuvres offertes au MBAM par Michal et Renata Hornstein. Cette dernière partie est complétée par des notices sur le droit d’auteur et les crédits photographiques.

Dans ses notes sur le Pavillon pour la Paix, Nathalie Bondil, directrice du musée, situe la création de cet édifice dans son contexte historique, rend hommage au couple Hornstein pour leur vie courageuse et leur altruisme envers la communauté montréalaise, souligne l’importance des dons financiers et artistiques des Hornstein au MBAM, présente le récit continu d’art international par le déploiement de 800 œuvres sur quatre des six étages du nouveau pavillon, explique la singularité de l’Atelier international d’éducation et d’art-thérapie Michel de la Chenelière, décrit les caractéristiques architecturales du Pavillon pour la paix tout en s’attardant au Sentier de la Paix.

Parmi les œuvres reproduites et décrites dans le livre, soulignons celles-ci:

Portraits de mariage (1574), Pieter Jansz. Pourbus (HTG)
Vue d’un village en hiver (fin des années 1620), Joos de Momper le Jeune et Jan Bruegel le Jeune (HTG)
Grand paysage de montagne (vers 1620), Joos de Momper le Jeune et Jan Bruegel le Vieux (HTG)
Navires près d’une côte rocheuse (1651), Simon le Vlieger (HTG)
Kaag et weyschuit fuyant la tempête (vers 1685), Willem Van de Velde le Jeune (HTG)
Paysage fluvial avec baigneurs (vers 1653), Philips Wouwerman (FT)
Nature morte aux coquillages (1640), Jacques Linard (HTG)
Nature morte aux instruments de musique (vers 1665-1670), Evaristo Baschenis (HTG)
Portrait de Madame Lethieullier (1739), Rosalba Carriera (FT)
Pêcheurs dans un port méditerranéen (1763), Joseph Vernet (SC)
Hallebardier (1895), Ferdinand Hodler (NB)

Référence

Bondil, Nathalie, dir. - Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein, Art international et éducation: Atelier international d'éducation et d'art-thérapie Michel de la Chanelière. - Montréal: Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), 2016. - 124p. - ISBN 708.11428 M9862m 2016. - BAnQ: 700 P.

Image

L’œuvre Nœud Pivoine de l’artiste français Jean-Michel Othoniel est suspendue au-dessus de l’escalier-événement, dans le Sentier de la Paix. - Photo prise par Claude Trudel, le 25 novembre 2016, lors d’une visite guidée au nouveau Pavillon pour la Paix.

Sur la Toile

Pavillon pour la Paix (MBAM)

10 février 2017

La ballade d’Ali Baba / Catherine Mavrikakis

La mer m’apparaissait pour la première fois dans sa nature primitive, sauvage, ignoble et merveilleuse.

Montréal, c’était bien, mais cette ville ne peut constituer la fin de mon voyage.

Mais mort, comme vivant, on ne peut avoir de lieu à soi ni de nostalgie…

Je refais avec toi la route de mon enfance.

Je sors tout droit d’une époque qui a disparu. Je suis la préhistoire et le monde à ses origines.

-

Afin de me situer dans l’espace-temps du récit, j’ai d’abord pris connaissance des titres des chapitres tout en les numérotant et en comptant leurs pages:

01 / 12 / Key West - 31 décembre 1968
02 / 11 / Las Vegas - Février 1970
03 / 28 / Montréal, sous la neige - Février 2013
04 / 11 / Montréal - Les samedis au début des années soixante
05 / 10 / Alger - 1939
06 / 27 / Montréal - Février 2013
07 / 13 / Florence - 1966
08 / 08 / Alger - 1948
09 / 24 / Montréal - Juin 2013
10 / 12 / Kalamazoo - Été 1968
11 / 08 / New York - 1957
12 / 21 / Retour à Key West - 31 décembre 2013

Sept villes réparties sur trois continents, l’Afrique du Nord, l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale: une ville québécoise (90 pages), quatre villes américaines (64 pages, dont Key West, 33 pages), une ville algérienne (18 pages) et une ville italienne (13 pages). Trois décennies (en huit chapitres, 1939-1970) et une année (en quatre chapitres, 2013): 1939 (Alger), 1948 (Alger), 1957 (New York), 1960s (Montréal), 1966 (Florence),1968 (Key West, Kalamazoo), 1970 (Las Vegas), 2013 (Montréal, Key West). En douze chapitres, un récit complexe en perspective (185 pages).

01 / L’incipit s’ouvre sur l’aurore d’une journée à l’extrémité de la Route 1 menant à l’archipel floridien des Keys. L’atmosphère est d’abord nostalgique, avec l’évocation de la période 1920-1950 et les temps géologiques, puis évocateurs du milieu attendu en ce 31 décembre 1968: Au bout du chemin, il y aurait… Le narrateur (ou la narratrice) se fond dans le nous.

La suite du chapitre apporte des précisions sur les protagonistes: le père, conducteur d’une Buick Wildcar turquoise, et ses trois filles: les jumelles Adriana et Alexia, âgées de 6 ans, et la narratrice, âgée de 9 ans. Les détails du voyage, de Montréal à Key West, sont relatés avec beaucoup de détails: deux jours de trajet, avec un arrêt à Florence (Caroline du Sud). Plus encore, le contexte familial est spécifié, soit la récente séparation de ses parents. L’arrêt à Islamorada est pittoresque, mais sanguinaire. La suite du récit est consacrée à l’observation de la nature et à la description de la personnalité du paternel.

02 / La narratrice, maintenant âgée de 10 ans, décrit l’atmosphère et le décor du Sahara Casino and Resort (Las Vegas) qui avait quelque chose de la caverne d’Ali Baba. Elle explique, avec lucidité, comment son père se sert d’elle vis-à-vis son public de parieuses. Confiée à une gardienne de l’hôtel, Rosemary, elle éprouve le bonheur de voir arriver l’acteur Jerry Lewis, sans plus se soucier de son père.

03 / En se dirigeant vers la bibliothèque de l’Université McGill, entre chien et loup, selon l’expression mainte fois répétée, la narratrice décrit une tempête de neige par temps glacial. Elle secourt un vieillard lui rappelant son père décédé neuf mois plus tôt. Le vieil homme interpelle sa fille Érina, une auteure célèbre. Sa voix évoque celle d’Ali Baba et des quarante voleurs, ainsi que celle de personnalités ayant marqué son enfance. Il lui parle de sa compagne Sofia, de son ex-femme Régine, d’un certain copain Peter et de Paul, l’ex-ami d’Érina.

La narratrice raconte ensuite les dernières années de démence de son père décédé à l’âge de 78 ans, ses huit dernières années de réfugié malade chez Régine. L’agonie de Vassili Papadopoulos, celui qui avait abandonné sa famille pendant plusieurs décennies, est racontée à la fin du chapitre, après l’évocation d’un cadavre de renard à Kalamazoo, en 1968, chez la tante de la narratrice.

04 / Au cours des années 1960, les produits de la mer en vente à la poissonnerie Waldman font l’objet d’une longue description par la narratrice. Les origines de ses parents sont dévoilées: sa mère une Française de Normandie; son père né en Grèce, mais ayant passé son enfance en Algérie. La suite du récit se poursuit avec les autres emplettes sur le boulevard Saint-Laurent et l’heureuse vie familiale dans le quartier grec de la métropole.

05 / La narratrice raconte le départ de la Grèce de la famille de Vassili, en 1939, pour fuir la guerre. Les descriptions des ports de Rhodes et d’Alger sont illustrées avec minutie et d’une façon attrayante. Les liens familiaux sont précisés, ainsi le lecteur apprend que la narratrice Érina a le prénom de sa grand-mère et que sa tante s’appelle Dina. Seulement âgé de 6 ans, Vassili éprouve un vif sentiment de responsabilité envers sa mère, ses trois frères et sa sœur, tous immigrants à Alger sans la présence du chef de famille.

06 / La narratrice accompagne son père au 29e étage d’une tour à logements, située à l’angle des rues Milton et Sainte-Famille. Sa rencontre avec Sofia, la compagne de son père, lui rappelle son ancienne amitié avec Christina, résidant auparavant dans le même édifice. Elle lui rappelle surtout les événements marquants de son enfance, tout en évoquant la vie de son père aussi bien dans l’Ancien Monde qu’ici. Au cours de ce chapitre très dense, Hamlet est cité fréquemment.

07 / Âgée de 6 ans, la narratrice participe à un voyage familial en France, en Suisse et en Italie. L’arrivée à Florence est épique, mais la famille finit par loger chez Gabriele, dans la ravissante campagne toscane. Le voyage se poursuit sur la Riviera jusqu’à Marseille où résident des membres de la famille de son père. La narratrice révèle pourquoi son père l’aimait tant, sa fille aînée lui rappelant sa mère Érina enterrée à Alger. Puis, ce fut le retour précipité à Montréal.

08 / La narratrice raconte l’enfance et l’adolescence de son père à Alger, alors qu’Érina souffre d’un cancer du sein. La personnalité du jeune Vassili est caractérisée avec moult détails et exemples, en insistant sur son dévouement indéfectible envers sa mère, tout en insistant sur son charme naturel. Dans ce chapitre, la narratrice compare la Casbah à la caverne d’Ali Baba.

09 / Après avoir évoqué le printemps, la narratrice décrit son arrivée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, dans la nuit du 23 au 24 juin, pour remplir la promesse faite au fantôme de son père quelques mois plutôt. Celui-ci vient à sa rencontre et la conduit finalement à sa tombe, celle de Vassili Papadopoulos (1934-2012). Assistée par un fossoyeur fantomatique, la narratrice déterre et emporte les cendres de son père.

10 / Une double douleur surgit lors du voyage familial et l’arrivée à Kalamazoo (Michigan), celle d’un renard blessé mortellement par Vassili et celle de Régine, humiliée par les infidélités de son mari. La narratrice passe une semaine, avec ses amis, à observer la putréfaction du renard, alors que devant sa sœur Madeleine, sa mère dénonce la cruauté de Vassili. Deux semaines plus tard, celui-ci s’enfuit en Grèce. Le chapitre se termine par le divorce demandé et obtenu par Régine.

11 / Âgé de 23 ans, Vassili quitte Alger pour aller à New York, en passant par Marseille et Le Havre. Fuyant la Guerre d’Algérie, il ambitionne de devenir Américain, de repartir à zéro. Au cours de la traversée, il se remémore ses visites hebdomadaires à la tombe de sa mère Érina (1911-1949), ses espiègleries enfantines à la Casbah, l’enrôlement de ses frères dans l’armée française d’occupation et sa sœur qui a rejoint leur père à Montréal.

12 / Âgée de 54 ans, en route vers Key West, la narratrice protagoniste s’adresse directement aux cendres de son père: «Tu es là. Je refais avec toi la route de mon enfance.» Au South of the Border, chez El Pedro, à la frontière mitoyenne entre les Carolines, elle évoque la caverne d’Ali Baba. Arrivée, à Islamorada, elle s’identifie à la préhistoire, au monde à ses origines. Puis, au bout de Key West, elle s’apprête à quitter son père, et le lecteur, par ces derniers mots nostalgiques: «Tu seras éternel. Tu seras dans tous les récits. Tu seras lové au cœur de tous les possibles. Tu ne seras plus rien.»

Le récit se termine là où il avait commencé puisqu’il s’agit d’un retour sur le passé, sur celui d’une femme d’âge mûr en deuil de son cher père. Un roman émouvant, aussi loufoque que mélancolique. Une œuvre qui mériterait d’être approfondie dans le contexte de ses nombreuses évocations artistiques et littéraires, notamment celles de la pièce tragique Hamlet et du conte merveilleux Ali Baba et les quarante voleurs.

Référence

Mavrikakis, Catherine. - La ballade d’Ali Baba. - Montréal: Héliotrope, 2016. - 206p. - ISBN 978-2-923-97543-6. - Bibliothèques de Montréal et BAnQ: C MAV et Mavrikakis M461b. - [Citation, p. 15, 108, 160, 186, 199].

Auteure

Catherine Mavrikakis (Professeure titulaire, Université de Montréal)

Sur la Toile

Catherine Mavrikakis: au nom du père (Entrevue de l’auteure avec Marie-Louise Arsenault, Radio-Canada, 28 août 2014)
Ailleurs (Martine-Emmanuelle Lapointe, Voix et Images, automne 2014)
Le père fantôme (Danielle Laurin, Le Devoir, 6 septembre 2014)
Catherine Mavrikakis: sur la route du père (Chantal Guy, La Presse, 6 septembre 2014)
«Il y a dans la mort quelque chose d’apaisant»: une conversation avec Catherine Mavrikakis (Entrevue de l’auteure avec Pierre-Luc Landry, mmeh, 18 septembre 2014)
Catherine Mavrikakis: La ballade d’Ali Baba (Julie Ledoux, Voir, 26 novembre 2014)

03 février 2017

Cartes / Trésors de la Bodleian


The maps in this book represent a broad range of different examples, organized by theme to enable us to see parallels between maps produced in very different eras and places and to put them into a wider context that their historical one.

Le nouveau livre Treasures from the Map Room publié par l’Université d’Oxford, sous la direction de Debbie Hall, présente des cartes remarquables sélectionnées parmi les riches collections patrimoniales de la Bibliothèque Bodleian.

L’introduction présente successivement le contenu du livre et la constitution des collections cartographiques de la Bibliothèque Bodleian, en soulignant notamment les legs individuels majeurs et l’imposant dépôt légal des cartes produites par le Service de cartographie du Royaume-Uni.

Le livre compte sept chapitres dédiés à des thèmes cartographiques majeurs. Chaque chapitre débute par une introduction. Toutes les cartes sélectionnées dans chacun de ces chapitres sont commentées. En fin d’ouvrage, les sources et les références sont regroupées en fonction de ces sept chapitres.

Pour chaque chapitre, attardons-nous à l’introduction thématique et à une carte exemplaire illustrant son contenu.

1 - Communications

L’introduction présente trois types de cartes: les cartes routières qui nous sont familières (bien que relativement récentes), les cartes maritimes depuis les portulans et les cartes illustrant la navigation intérieure sur les cours d’eau. La carte de la Grande-Bretagne dite de Gough, de la fin du Moyen Âge, illustre les fleuves et rivières d’une importance stratégique à cette époque, ainsi que les routes entre les villes et villages. La carte de la Chine [1653] de Selden est aussi reproduite et commentée.

2 - Connaissances scientifiques

L’introduction relate le développement des connaissances scientifiques appliquées à la cartographie depuis le 16e siècle, ainsi que la succession des méthodes de production utilisées par les cartographes. Toutefois, la première carte étudiée dans ce chapitre est tirée du Livre des curiosités. Cette carte singulière, dressée au 11e siècle, a été dévoilée au monde seulement en l’an 2000.

3 - Acquisitions territoriales

L’introduction porte sur les possessions et délimitations territoriales aux niveaux individuel (propriétaires terriens) et collectif (pays). Les dépossessions des paysans en Angleterre et des autochtones en Nouvelle-Zélande sont expliquées dans ces contextes capitaliste et impérialiste. La carte des États-Unis d’Amérique (1845) dressée par James Wyld illustre les rivalités territoriales entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Mexique dans l’ouest de l’Amérique du Nord.

4 - Conflits militaires

L’introduction explique les différents usages des cartes militaires depuis le 17e siècle, ainsi que les moyens servant à leur production. La carte de Fonquevillers (1917) sert d’exemple pour illustrer la guerre des tranchées au cours de la Grande Guerre.

5 - Villes

L’introduction relate l’évolution des plans urbains, depuis l’Antiquité jusqu’au 19e siècle, en s’attardant à la Chronique de Nuremberg (1493), aux Villes du monde par Hogenberg et Braun (1572-1617), et aux productions du Service de cartographie du Royaume-Uni. La description du plan de la ville de Boston (1775) pendant la Guerre d’indépendance est particulièrement bien détaillée.

6 - Loisirs

L’introduction situe dans un contexte de prospérité l’utilisation de cartes à des fins récréatives: randonnée, ski, bicycle, etc. Le développement des voyages en chemins de fer et en automobile favorise la production de cartes touristiques. Les caractéristiques du plan du Palais de cristal (1864) produit par le Service de cartographie du Royaume-Uni sont mises en relief.

7 - Imaginaire

L’introduction tisse des liens entre la cartographie, les arts visuels et la littérature. La carte du Wilderland (1937), imaginée par J. R. R. Tolkien dans Le Hobbit, sert d’exemple.

L’ouvrage est complété par la liste des contributeurs, les sources iconographiques, une bibliographie sélective et un index, tandis que le sommaire et les remerciements d’usage précèdent l’introduction.

Un livre d’une facture luxueuse, mais surtout un répertoire enrichissant pour les amateurs de cartographie.

Référence

Hall, Debbie, dir. - Treasures from the Map Room. A Journey through the Bodleian Collections. - Oxford (Royaume-Uni): Bodleian Libraries, 2016. - 223p. - ISBN 978-1-85124-250-4. - [Citation, p. 8]. - BAnQ: 912.09 B6681t 2016.

Carte

1861 - Paris - Souvenir du Nouveau Paris, ses Monuments, Promenades, Boulevarts et grandes voies de communications. Plan simplifié pour se guider seul dans Paris / Dessiné et. gravé par Marie-Hilaire Guesnu / Fatout, éditeur scientifique. - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de Franceé. - [Cette carte est reproduite et commentée dans Treasures from the Map Room.]

Cartographie

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